Si seulement l'affiche reflétait vraiment le métrage !
Amateur des films de zombies de Georges A. Romero, j’ai été très étonné de ne pas avoir entendu parler de la sortie, ni de l’existence même, de Survival of the Dead avantqu’on ne m’envoie le DVD. Sans doute DTV dans la plupart des pays du monde, cet opus est sans conteste l’un des plus oubliables de sa carrière.
Pourtant le réalisateur n’est pas avare en effets spéciaux bien craspecs, avec notamment une interminable suite de têtes explosées, particulièrement bien fignolées par le français François Dagenais, et Colin Davies, qui a supervisé les effets visuels. Là où le film pêche, c’est dans son incapacité à donner du plaisir. Les personnages pourraient tous mourir qu’à aucun moment le spectateur n’en éprouverait la moindre tristesse.
Sur l’île de Plum, près des côtes du Delaware, deux familles irlandaises, les O’Flynn et les Muldoon, poursuivent leur guerre intestine malgré les millions de morts-vivants qui menacent leur quotidien. Cette fois-ci, la pomme de discorde est la conduite à tenir face aux cadavres ambulants qui arpentent les rues de leur petite ville. Faut-il les abattre ou les maintenir “vivant” ? S’agissant principalement de citoyens qu’ils connaissent, parfois d’amis ou de membres de leur famille, les deux hommes forts se disputent la main-mise sur le contrôle de la ville.
O'Flynn, l'Irlandais têtu par excellence...
O’Flynn se retrouve vite isolé dans cette lutte vaine. Exclu de sa communauté, il doit quitter son île et vivre dans les ruines de la civilisation humaine, désormais décharnée et titubante. C’est là qu’il fera la rencontre d’une bande de soldats efficaces et habiles. Il parviendra à les convaincre de l’accompagner jusqu’à Plum pour reprendre les rênes à Muldoon.
Romero part d’un pitch intéressant… En repartant d’une séquence de son film précédent Diary of the Dead, celle de la rencontre entre l’équipe de ciné amateur et les soldats de la Garde Nationale, il permet aux spectateurs de découvrir une continuité inédite dans son oeuvre.
Malheureusement, les personnages manquent cruellement de characterization et Romero semble vouloir s’en débarrasser le plus rapidement possible. Il n’en reste pas moins que l’idée d’une population zombifiée “réhabilitée”, en attendant un remède qui les rendrait de nouveau pleinement humain, est excellente. Son exploitation l’est beaucoup moins.
2017. 95% de la population humaine a été transformée en vampires, décimée ou réduite à l’esclavage. Sam Neil, président d’une compagnie peu favorable à l’humanité, garde prisonniers les humains capturés par sa milice privée dans une gigantesque pièce dont la principale fonction est de fournir en sang frais les nouveaux maîtres de la planète.
Les ressources se raréfiant, les chercheurs se doivent de trouver rapidement un substitut au sang frais. A la tête de cette équipe de chercheurs, Edward (Ethan Hawk) est partisan de la préservation des derniers humains encore en vie. Il pense que les deux populations peuvent cohabiter dans un même monde. C’est évidemment sans compter sur les envies de profits juteux d’une ressource de plus en plus rare. Les recherches menées par Edward sont capitales pour la survie de son espèce. Pour compléter ce tableau déjà particulièrement sombre, le monde est envahi par une nouvelle forme de vampires, violentes et désocialisées. Victimes de la faim, leur corps passe peu à peu d’une apparence humaine à celle de monstres, croisement bâtard et difforme entre la chauve-souris et l’être humain.
Edward et ses compagnons, experts de l'arbalète.
Traqués continuellement, certains humains parviennent malgré tout à éviter la capture et, menés par Elvis (Willem Defoe), à établir un réseau d’influences parmi la population vampire. A la recherche d’un remède qui permettrait de rendre aux vampires leur humanité, ils font la rencontre fortuite d’Edward.
On pourrait se plaindre de la multitude de clichés sur les vampires qui traversent le métrage des frères Spierig, ou bien de la facilité avec laquelle l’escouade composée de trois humains particulièrement fragiles face à une population vorace parvient à se balader dans les recoins les mieux protégés de cette société violente, mais ce serait oublier ce qui fait une série B réussie. Les CGI sont crédibles, les acteurs intéressés par le récit et la cohérence du script, qui n’est certes pas irréprochable, n’en demeure pas moins agréable.
Les vampires ont le vent en poupe depuis le succès populaire de la série Twilight, mais contrairement au second, Daybreakers ne rejette jamais son héritage deuxième zone, celle qui ne se prend pas totalement au sérieux ni n’entend révolutionner le cinéma.
A Boy and His Dog, dont le récit se déroule dans un monde post-apocalyptique, laisse dépasser de son flot de bonnes idées quelques grossières erreurs de débutant. Pourtant les bonnes idées perdent de leur qualité en raison de la maladresse du réalisateur tandis que les mauvaises, elles, ont le mérite de tellement nous surprendre qu’on en arrive à les oublier, voire à les aimer.
Le monde est devenu un gigantesque désert, traversé en long et en large par des bandes armées de rescapés assoiffés et affamés. Certains construisent des abris avec un bric-à-brac de vieux pneus, de tôles froissées et rouillées, empilent des montagnes de boîtes de conserve, qui leur sert de monnaie d’échange, et se débarrassent des faibles… Les loisirs ne sont pas oubliés, avec des projections de films pornographiques et les services chèrement payés de prostitués, genre haîllons et poussière.
Ce monde misérable n’est pas sans annoncer celui que mettra en scène Mad Max quelques années plus tard. Un monde cruel, sec, dépourvu de toute beauté et où le coeur et l’esprit des hommes a perdu toute trace d’humanité.
Vic (Don Johnson !!) est un jeune homme errant, solitaire, dans ce monde dévasté. Il n’a qu’une chose en tête : trouver une femme… dans une démonstration facile de l’homme réduit à une seule fonction. Même la nourriture n’est pas au centre de ses préoccupations. Il est accompagné d’un chien, Blood. Les deux personnages communiquent par… télépathie. Blood sert de contrepoint à la bestialité de Vic. Le chien se fait homme, philosophant sur la condition humaine, tandis que Vic, complètement aveuglé par ses débordements hormonaux, devient un animal sauvage et à l’intelligence très limitée.
Vic finira par trouver une jeune femme qui le laissera l’approcher. Après quelques heures d’un plaisir longtemps attendu, elle l’emmènera dans les profondeurs du monde. S’y cache une société reconstruite de toutes pièces par des oligarches délirants qui ont pour projet de recueillir la semence de Vic…
Pour les amateurs de jeux vidéos, le monde imaginé par L.Q. Jones ressemble à s’y méprendre à l’univers sous-marin de Bioshock… découverte très surprenante ! Avec des personnages grimés, sa fanfare grotesque et ses ribambelles de jeunes mariées dénuées de… mari, cette société de prime abord rurale laisse entrevoir très vite la folie totalitariste instaurée par son meneur.
Deuxième film de L.Q. Jones, on ne peut pas y voir une réussite totale. La télépathie qui permet à Vic et Blood de communiquer pourra en désespérer plus d’un. Sans parler de la toute fin du film… qui me dévore encore.
1944, dans une forêt espagnole dense et sombre, où se traînent encore les feuilles mortes de l’automne, imprimant à ceux qui la traversent une tristesse profonde, plusieurs voitures roulent à toute allure. Dans une Espagne encore plongée dans un obscurantisme fasciste, sous la coulpe de Franco, une mère, enceinte, et sa fille, Ofélia, sont en route vers le camp retranché du Capitaine Vidal.
Ofélia face au faune.
Pan’s Labyrinth a sous ses airs de conte de fée tous les atours de la fable politique. A moins que ce ne soit le contraire. Doit-on voir dans le film de Del Toro une histoire pour enfants – la distinction claire entre le bien et le mal, ses péripéties franches ? L’enfance et ses rêves absurdes foulée au pied par les règles autoritaires du monde des adultes ? Le fascisme ne serait-il finalement qu’un terrible conte de fée réalisé ? Les questionnements ne manquent pas.
Le film doit son génie à l’énergie imaginative sans bornes du réalisateur mexicain. Pan’s Labyrinth est une oeuvre de création où cohabitent indistinctement une réalité magnifiée par la magie et une création de magicien qui porte allégeance à une tradition fantaisie pop qui mêle l’histoire des comics, les films de science-fiction et d’horreur sans jamais toutefois se perdre dans les écueils du pastiche. Del Toro est avant tout un cinéphile.
Ses films en espagnol, bien qu’ils laissent entrevoir la patte unique du réalisateur, se distinguent très franchement de ses oeuvres hollywoodiennes, depuis Mimic (1997), en passant par Blade 2 (2002) ou les deux Hellboy. Déjà The Devil’s Backbone (2001) mettait en scène un jeune enfant aux prises avec une réalité écrasante qui le conduisait à se laisser kidnapper par une imagination toujours plus envahissante.
Un des monstres de Pan's Labyrinth
L’héroine du film s’appelle Ofélia (interprétée par l’incroyable Ivana Baquero). Elle est de ces enfants qui se perdent dans les sillons abymaux des contes de fée. Peuplé de fées, de princesses et de contrées magiques, l’univers des livres s’empare peu à peu du monde qui l’entoure.
Pourtant le territoire enchanté dans lequel elle pénètre plus avant à chaque voyage est plus sombre, violent et grotesque que ceux qu’elle a découverts dans ses livres. Ses règles en sont strictes et son guide dans l’antichambre d’un royaume dont Ofélia pourrait être la princesse longtemps espérée, est un grand Faune aussi charmant qu’effrayant. Elle devra accomplir des missions qui la conduiront dans l’antre d’un crapaud géant, au buffet princier d’un monstre terrifiant, dont les yeux sont incrustés dans la paume des mains, et bien d’autres créatures encore qui l’accompagnent ou s’opposent à son ascension.
Même si ce monde nouveau est loin du rêve de petite fille, il lui permet de fuir une réalité franquiste bien plus oppressante. Seule enfant d’un camp militaire où les pires exactions – torture et meurtres de sang froid – sont quotidiennes, elle découvre le monde des adultes sans filtre.
Son beau-père, le Capitaine Vidal (Sergio Lopez, brillant une nouvelle fois dans un rôle de méchant), est un homme cruel qui se plaît à torturer lui-même les résistants captifs, à régler d’une balle dans la tête les soupçons les plus maigres… adorateur du mal, qu’il inflige sans commune mesure. Les partisans, cachés dans les collines, essaient tant bien que mal de mettre un terme à l’oppression de Vidal. Ils sont aidés en cela par une bone Mercedes (Maribel Verdú) et le docteur (Alex Angulo), représentants d’une alternative à la société militarisée et injustement hiérarchisée de l’après Guerre civile en Espagne.
Les contes de fée sont composés autant pour soutenir et consoler que pour effrayer. Ce qui rend Pan’s Labyrinth brillant et pleinement ancré dans le monde des arts, c’est son mélange de magie unique et l’éventualité d’une absence de l’éternel “et ils vécurent heureux…”
The Girlfriend Experience, de Steven Soderbergh, s’intéresse à la vie d’une prostituée, ou plutôt d’une escort girl, et de ses clients. Le film parvient à approcher l’impression du vrai dans son regard sur la nature humaine, sur ses désirs et ses besoins. On n’échappe pas au poids de ce qui régit ce genre de relations très particulières : l’argent. Il est dans toutes les bouches, et s’écarte parfois même du prix à payer pour se sentir moins seul, pour avoir l’impression que la vie est plus qu’une succession de routines, professionnelle, familiale… L’argent est aussi celui qui frémit dans l’ombre de la crise économique. Celle-là même qui frappe les clients aisés de Chelsea (l’étonnante Sasha Grey). L’argent… celui qui s’échappe d’un compte bancaire vers les tableaux de galeries d’art intimistes, celui qui sent le ciment et le bois dans les maisons de bord de mer, ou dans les immeubles en construction, enfin, celui qui finit sous la forme de billets verts tendus dans une pauvre enveloppe en échange d’une liaison éphémère.
Dans le langage utilisé par la compagnie, GFE propose à ses clients une expérience si proche de la réalité que l’escort girl devient le temps d’une suite de rendez-vous une petite amie à part entière. Parfois, le sexe n’est plus au centre de la relation. Il disparaît pour mieux établir des liens d’affection que les clients semblent redécouvrir dans leurs indiscrétions et leur acceptation de l’intime avec Chelsea. Il s’agit d’avoir un autre être humain dans sa vie, un qui écoute, réagit aux mots, et se laisse recouvrir de l’amour extropié, rentré, refoulé même de clients globalement frustrés ou mélancoliques. Il y a une dimension clairement thérapeutique dans le service proposé.
La jeune femme qui propose ces services a un homme dans sa vie. Elle vit avec lui depuis 18 mois et leur relation ouverte et franche semble être le symbole d’une stabilité apaisante. D’une certaine manière, il est pour elle le boyfriend experience, l’équivalent masculins des services qu’elle offre. Professeur de gymnastique, il mène une vie simple et peu rentable. Il est, comme Chelsea, entouré d’hommes riches, mais ses besoins sont bien moindres que ceux de sa compagne.
Nous entendons ces clients parler. On les regarde parler pendant tous les films et on assiste au talent le plus pregnant de la jeune femme : l’écoute. A chaque instant, elle semble impliquée dans la conversation. On apprend même qu’elle étudie à sa manière les sujets qu’aiment ses clients, afin de mieux répondre à leurs besoins. Souvent, pourtant, les rôles s’inversent. Les clients, pris dans cette dynamique de partage, essaient eux aussi de l’écouter. Ils la sondent. Mais, contrairement à eux, Chelsea n’a pas l’envie de se découvrir, de parler de son compagnon ni de son travail. C’est là peut-être que se trouvent les limites entre le jeu de rôle et l’intimité sincère d’une jeune femme. Car, elle décide de s’effacer, elle en a le devoir implicite.
Soderbergh joue sur les mots. Dans l’utilisation du titre de son film, il crée un paradoxe évident au visionnage. Les clients de Chelsea ne cherche pas la girlfriend experience. Ils cherchent avant tout à vivre dans la peau d’un petit ami. Sorte de canal qui mène vers un retour aux sources, la jeune femme leur apporte ce qu’ils ont perdu dans leur vie quotidienne. Tous ses clients sont mariés, pères de famille… mais désespéremment seuls. Ils vieillissent, ne se sentent plus aimés, s’ennuient. Certains regrettent l’absence de dialogue avec leurs enfants, ou l’indifférence de leur épouse. D’autres s’inquiètent pour leur statut social, vampirisés par la crainte qu’insuffle au marché la crise de 2008.
Chelsea elle aussi souffre de sa position de force. Elle entrevoit de plus en plus franchement, au fur et à mesure qu’elle parle de ses aventures au journaliste qui l’interroge, les faiblesses qui l’étreignent, et qui ont la même source que celles de ses clients. Elle répond à leur besoin d’amour, mais derrière la carapace qu’elle s’est forgée, laisse émerger les siens.
Steven Soderbergh a pris le pari d’engager une actrice dont la filmographie était entièrement pornographique. Certes Sasha Grey est l’intigatrice d’un nouvel éclairage sur la pornographie, et c’est sûrement ce qui a motivé le réalisateur et ses scénaristes pour l’engager, mais elle reste avant tout une actrice porno. On est habitué à la voir entièrement nue et dépossédée des gestes qu’elle développe quand elle interprète Chelsea. Pourtant, dans une certaine mesure, elle ressemble à Chelsea. Elle montre dans la vie réelle la même distance entre son rôle d’actrice porno et celui d’une ambitieuse “chef d’entreprise” (Sasha Grey possède sa propre agence, un site Internet. Elle gère des actrices…).
Film construit sur le double postulat de celle que l’on est et celle que l’on laisse voir, The Girlfriend Experience s’intéresse à la perte de communication qu’implique la routine et aux besoins insatiables que celle-ci crée. Dans toute relation, il y a un perdant, semble nous dire à l’oreille Steven Soderbergh.
Deux astronautes, le Lieutenant Payton et le Caporal Bower se réveillent dans leur gigantesque vaisseau spatial après un long séjour en hyper-sommeil. Désorientés et plongés dans le noir, ils ne se souviennent ni de leurs identités ni de leur mission. Les seuls sons qui leur parviennent sont des vibrations provenant du coeur du vaisseau. Le Caporal Bower part en exploration et ne tarde pas à découvrir quelques survivants qui vivent cachés, traqués par d’effroyables créatures. Ensemble ils vont essayer de découvrir ce qui s’est réellement passé lors de cette mission…
Ben Foster, en mauvaise posture.
Christian Alvart s’était déjà fait remarquer avec deux films tout à fait honorables, Cas 39 et Antibodies. Jeune réalisateur allemand, il a décidé cette fois de tracer son chemin aux Etats-Unis, empruntant la voie ouverte par d’autres compatriotes, dont le très malhonnête Roland Emmerich. Pandorum n’est pas un film facile à réussir. Dans l’ombre d’aînés à l’héritage lourd à porter, Alien, Sunshine, The Descent pour n’en citer que quelques-uns, Alvart parvient malgré tout à surprendre par la dynamique qu’apporte sa jeunesse et un regard neuf au film spatial.Il évite les lieux communs les plus pesants et n’hésite pas à prendre le contrepied des conventions du film de genre.
L’influence d’Alien est certainement la plus pregnante. Avec ses couloirs sans fins qu’entrecoupent à peine quelques portes coulissantes, ses montagnes de ferraille inaccueillante et sa population aux caractères bigarrés, le réalisateur aurait pu tomber dans une stratégie copycat qui n’aurait pu que décevoir. Pourtant le jeune ingénieur qui se réveille de son long hyper-sommeil n’est pas la réincarnation, version masculine, de Ripley.
Les premières minutes du long métrage sont à n’en pas douter les meilleures. Bower (Ben Foster) se retrouve soudain éveillé dans un lieu dont il n’a aucun souvenir. Il est presque nu, terrifié et rien dans le décor qui l’entoure ne peut l’aider à faire revenir ses souvenirs à la surface. Il est conscient d’être sur un vaisseau spatial… mais où se rend celui-ci et pourquoi est-ilà bord. Ces premières séquences amnésiques où le corps retrouve lentement ses repères et l’esprit est dans le flou le plus total sont très efficaces. Bower n’a pas vraiment le temps de sentir la solitude l’envahir, comme dans le très bon Moonde Duncan Jones, puisque peu de temps après Payton (Dennis Quaid), son supérieur se réveille à son tour. Ils vont tenter tous les deux de résoudre le mystère de leur éveil précoce et de l’état catastrophique du réacteur qui alimente le vaisseau.
Bower se lance dans une enquête qui viendra mettre en péril sa santé mentale. En effet, lors de ses recherches à tâtons dans les obscurs couloirs métalliques et suintants du vaisseau, il fait la rencontre d’autres personnes, sales comme sorties tout droit d’un dépotoir et effrayées comme si la mort elle-même était venue leur faire face. Bower va très vite découvrir qu’il n’y a pas que des êtres humains sur le vaisseau…
Les créatures créées pour Pandorum sont assez peu originales. Elles évoquent celles de Ghosts of Mars de John Carpenter (dont Alvart semble s’être librement inspiré), ou encore de Serenity, de Joss Whedon et bien sûr de The Descent, de Neil Marshall. En dire plus reviendrait à dévoiler les ficelles d’une intrigue qui n’est pas toujours complètement convaincante mais qui demeure, soyons honnêtes, tout à fait respectable.
La dimension paranoïaque des personnages s’arroge le droit d’empiéter sur la plus modeste dimension horrifique et c’est peut-être la force du film d’Alvart. C’est ainsi qu’il s’éloigne d’Alien ou du plus agressif Aliens. Pandorum est un nom qui laissera sa signification effleurer à la surface du récit peu à peu et la surprise doit être préservée.
Profitant d’un petit voyage à Tokyo (la traduction française étonnante du titre du film de Ozu 東京物語), je me suis rendu au Tokyo National Film Center, le plus joliment appelé 東京国立近代美術館フィルムセンター en japonais. Il y avait longtemps que j’avais prévu de me rendre dans ce lieu mythique, pendant japonais de la Cinémathèque française. Chaque mois, de nouvelles programmations alléchantes sont organisées et pour les provinciaux, dont je suis, il n’est pas toujours facile de prendre part aux festivités.
Dans le cadre d’une rétrospective de l’actrice Kinuyo Tanaka, 田中絹代, je suis allé voir Okaasan, おかあさん, un film écrit par Mikio Naruse, 成瀬巳喜男 en 1952. Il a fallu longtemps pour que ce très grand réalisateur, à la filmographie si longue qu’elle en devient indécente, soit reconnu parmi les maîtres du cinéma japonais. Aujourd’hui, toutes les éditions les plus prestigieuses y vont de leur coffret Naruse mais il fut un temps où nul ne pouvait voir ses oeuvres en Europe ou aux Etats-Unis.
Ce temps-là est révolu. Aujourd’hui, avec en tête des éditions chinoises obscures, tous ses films sont disponibles avec des sous-titres français (pour certains) ou anglais (pour la quasi totalité de ses films).
Quand on parle de Mikio Naruse, on pense souvent à ses chefs-d’oeuvre intemporels : Nuages Flottants, Le Son de la Montagne ou encore Chrysanthème Tardif, respectivement 浮雲、山の音 et 晩菊. Il faut dire qu’au milieu de ces grands films se trouvent une masse de réussites plus modestes. Travaillant d’arrache-pied toute sa vie, Mikio Naruse n’a pas réalisé que des chefs-d’oeuvre, loin s’en faut, et il s’avère particulièrement délicat de faire la part des choses quand on apprécie un réalisateur tel que lui. Il ne faut pas oublier qu’il a toujours été très fidèle au système des studios japonais, auxquels s’opposeront avec virulence tous les cinéastes de la Nouvelle Vague à venir, et qu’à ce titre, il a réalisé des oeuvres pour lesquelles il n’éprouvait aucun attachement particulier.
Okasan fait clairement partie de ses films mineurs. Pourtant on retrouve les thèmes qu’il a toujours chéris. A l’origine du scénario, un concours d’essais organisé dans les écoles du pays. Le studio a demandé à Naruse d’écrire un scénario en se basant sur le contenu de cet essai. Ceci explique sûrement l’importance accordée à la narration en off de Toshiko, la fille aînée au centre du récit. Ouvrant et clôturant le film, la voix de Toshiko exprime comme une litanie l’amour qu’elle porte à sa mère et les raisons de cet amour filial incommensurable.
Masako et Toshiko, mère et fille.
La famille de Toshiko est de condition sociale modeste. Propriétaires d’un pressing, ses parents doivent reconstruire petit à petit leur commerce, détruit pendant la guerre. L’histoire se déroule au début des années 50 mais l’ombre de la guerre flotte encore sur la vie des gens, qui luttent avec vigueur pour se sauver de la misère. A la reconstruction difficile des bâtiments s’adjoint le retour des prisonniers de guerre, libérés du front russe après plusieurs années de captivité. La vie est dure mais les liens familiaux sont très forts dans la famille et chacun essaie de vivre au jour le jour sans se plaindre. Kinuyo Tanaka joue Masako, la mère courage typique des films d’après-guerre. Dévouée, prête à se sacrifier pour le bonheur de ses enfants ou de son mari, pleine de ressources et ne se plaignant jamais, elle mène d’une main délicate les rênes de la famille.
Pendant la guerre, leur commerce ayant été saisi, Masako et Ryosuke ne peuvent pas encore relancer leur activité. Ils essaient donc tous de participer à leur manière à la vie économique de la maison. Il y a Toshiko, l’aînée qui laisse déjà entrevoir les premiers signes du passage à l’âge adulte et qui se démène avec sa mère sur les marchés, Ryosuke, le père, fort comme un boeuf qui en est réduit à travailler comme gardien dans une usine. A cette famille laborieuse s’ajoutent Chako, la cadette et Tetsuo, le fils de la soeur de Masako. Très vite oublié, Susumu, le fils aîné, meurt après s’être échappé du sanatorium où il a été placé en raison de sa condition de santé. Naruse laisse disparaître ce personnage avec une distance qui fait tressaillir. Victime expiatoire de la guerre, le Japon manquant terriblement de médicaments et d’infrastructures pour soigner les plus malades, Masako sera la seule à vraiment éprouver de la tristesse lors de sa disparition. Les autres personnages semblent presque nier l’existence même du grand frère, ne l’évoquant jamais.
Le temps passe et la famille retrouve ses droits sur son commerce. A peine le temps de respirer que Ryosuke tombe malade. Il refuse catégoriquement d’être placé à l’hôpital en prétextant que le coût des soins viendrait à bout des maigres économies de la famille. Avec un mari alité et souffrant, Masako jongle entre le pressing, les soins à apporter à son mari et les besoins quotidiens des enfants. Sans jamais se plaindre. Si bien que la mort de son mari passera elle aussi presque inaperçue, conséquence évidente et admise par tous que ce sont les temps qui dictent ces règles inacceptables.
Bien que l’histoire soit ponctuée de multiples drames, l’atmosphère générale du film n’en demeure pas moins pleine d’humour et de bonne humeur. Entre les circonvolutions romantiques et les quiproquos amoureux de Toshiko, les mésaventures du pressing et les frasques des enfants, Okasan reste un film qui irrise la fraîcheur et une joie toujours consummée. En cela, le film se démarque des grands films des années 50 du réalisateur où subsistaient toujours une mélancolie et une tristesse sombres et pesantes. A plusieurs reprises, des pans entiers du film s’évadent dans la légèreté et l’humour intervient en masse, reléguant les moments dramatiques à la mémoire immédiate, qui les oublie sans se faire prier. La chanson Que Bella Donna interprétée avec un talent douteux par Shinjiro, qui courtise Toshiko, lors du festival de printemps, les gâteaux surprises du même jeune homme… Ses tentatives ratées de séduire Toshiko sont nombreuses et sont véritablement un moyen de désamorcer le véritable drame du film : l’adoption de Chako par un oncle. Cette pratique était très courante dans le Japon d’après-guerre. Pour ne pas tomber dans la misère la plus totale, il était fréquent que des couples acceptent que l’un de leurs enfants soit adopté par des membres de leur famille. Chako ne quitte pas son domicile de gaité de coeur mais elle le fait dignement. Masako l’accepte elle aussi, consciente de la difficulté pour une mère seule de donner satisfaction aux demandes de ses enfants.
Naruse montre une fois de plus dans ce film un talent évident pour éviter le misérabilisme. La mort de Susumu est vraiment un exemple parfait de cette propension à nier le malheur en lui ôtant le droit à l’image. C’est dans une ellipse d’une simplicité déconcertante que le film passe d’une conversation entre une mère et son fils malade aux remerciements d’après cérémonie funéraire, comme si Naruse se refusait catégoriquement à céder à l’appel de la tristesse. Le désespoir fait rage mais il reste dans l’ombre des petits bonheurs qui ponctuent l’existence de Masako.
Dans le très récent documentaire After Stonewall (qui fera l’objet d’un article prochainement), une femme politique ouvertement homosexuelle explique à moitié interloquée qu’un de ses partisans l’a approchée pour la première fois en s’exclamant : “I hate all politicians. I think they’re all liars and can’t trust one of them, except for you.” Intriguée par cette déclaration aussi soudaine qu’étonnante, elle lui a demandé pour quelle raison cet homme pensait qu’elle était si exceptionnelle. Celui-ci de répondre : “You’ve already told us the worst thing about yourself. Why would you lie about anything else?“. Annoncer publiquement son orientation sexuelle est devenue depuis quelques temps un argument, ou une particularité, inévitablement politique. Déjà en 1984, Rob Epstein avait abordé cette problématique dans son excellent documentaire sur Harvey Milk, le premier homme en campagne à se déclarer homosexuel.
La construction du récit est simple. Organisée de façon chronologique, on assiste d’abord aux tentatives piétrement transformées des premières campagnes d’Harvey Milk, militant avant tout pour la reconnaissance des droits des homosexuels avant de devenir un homme politique à part entière, gêné par les institutions et encadrés par un parti. De son arrivée dans le célèbre quartier gay de San Francisco, où il tient un magasin de photos, à son implication dans la vie politique de sa communauté jusqu’à son arrivée au conseil d’administration de la ville, alors gouvernée par George Moscone, et son assassinat le documentaire fait intervenir images d’archives et interviews contextualisées dans le présent.
Epstein, pourtant, parvient à dépasser le postulat biographique en s’intéressant tout particulièrement à l’opposition Harvey Milk/Dan White, deux représentations diamétralement opposée de l’homme politique (bien qu’ils soient tous deux des self-made men) et à la Proposition 6, déjà adoptée dans plusieurs états américains, et dont le référendum approche en Californie. Cette proposition vise à accorder aux écoles le droit de renvoyer les professeurs homosexuels, prétextant que de cette orientation pourrait résulter une conception non-naturelle du schéma familial américain. La Moral Majority brigade, qui lutte contre la création de droits pour les homosexuels, a la bassesse d’utiliser un argument de poids : les enfants. Victimiser cette partie de la population revient à jouer sur l’émotivité de l’opinion publique. La méthode et son discours représentent une part importante du documentaire de Epstein. Il les analyse en décortiquant les représentations des hommes politiques et les techniques de communication, qui se substituent parfois à l’importance des enjeux de leurs messages. Harvey Milk joue le même jeu que son opposant, le Sénateur John Briggs.
Dan White est, contrairement à ce que laisse transparaître le biopic (Milk, 2008)de Gus Van Sant, le symbole de l’hétérosexuel dont l’Amérique semble avoir besoin. Il est marié, a un enfant et a même été pendant plusieurs années un soldat du feu… il représente à lui seul le triomphe du mâle américain. Et pourtant, malgré le soutien de ses proches et de ses partisans, il échoue irrémédiablement face au talent de manipulateur d’Harvey Milk, dont l’ambition et le flair politiques font vite oublier son orientation sexuelle. Dan White ne peut à aucun moment prétendre à la reconnaissance publique de ce qu’il symbolise. Ridiculisé, rejeté au rang de présence fantômatique, fantoche, il perd pied jusqu’à l’annonce de sa démission.
Epstein insiste sur cette vision inédite des rapports sociaux et politiques. Annonciateur à son corps défendant d’une déliquescence prochaine de la famille nucléaire, Harvey Milk devient pour Dan White l’ennemi à abattre. De là à prétendre que ce dernier ne pouvait pas assumer son homosexualité refoulée, il y a un gouffre que Gus Van Sant, pour des raisons dramatiques (?), n’a pas hésité à franchir.
Toujours est-il que le réalisateur ose à plusieurs reprises embrayer sur les ambitions annoncées d’Harvey Milk. Lorsque celui-ci exhorte les homosexuels à “coming out of the closet!“, alors même que le résultat du procès de Dan White vient contredire la faisabilité d’un tel projet. Condamné, mais sans l’être sur la réalité de ses crimes, Dan White est redevenu, une fois de plus, l’homme-étendard d’une société dont le progressisme n’était encore qu’embryonnaire.
Depuis 2004 et la sortie fracassante de Shaun of the Dead, peu de films d’horreur ont réussi à allier aussi bien le gore et l’humour potache. Il y a bien eu quelques tentatives mais jamais celles-ci ne sont parvenues à atteindre le niveau d’excellence de leur maître britannique : Dead Snow, Zombie Strippers et d’autres encore comme High School of the Dead. Chacun d’entre eux offraient de nouvelles perspectives mais sans jamais, ne serait-ce que frôler, leur génial prédécesseur.
2009 apporte cependant une nouvelle vague de films d’horreur et parmi eux, Zombieland fait peut-être office de successeur tout trouvé à Shaun of the Dead. Tout commence très fort avec une introduction qui définit d’emblée le chemin que va emprunter le film de Fleischer. Quelques secondes à peine de pellicule ont défilé et pourtant, les spectateurs savent déjà que ce à quoi ils vont assister laissera une empreinte durable. Washington, laissée pour morte, semble déserte, si ce n’est qu’un nombre indéfinissable de cadavres ambulants la parcourent clopin-clopant, cahin-cahan, à la recherche d’une proie au cerveau encore irrigué. C’est là que la caméra s’arrête sur Columbus (Jesse Cera est mon frère Eisenberg), un loser resplendissant dont on se dit qu’il sera très vite dévoré jusqu’à l’os. Mais à Zombieland, même les moins valeureux ont leurs actuces pour survivre. Columbus a créé une liste de règles dont il ne s’écarte jamais… ou presque.
Être prêt à courir longtemps… Toujours attacher sa ceinture de sécurité… Tirer deux fois sur les zombies…
Le réalisateur connaît son histoire du cinéma zombiesque, et ça se voit. Un peu à l’instar de Shaun of the Dead, son film regorge de séquences autoparodiques et dépasse les règles instituées par la genre. Ainsi, Columbus est-il loin du héros à la Romero. Pas héroïque pour un sou, il n’essaie en aucune manière de résoudre ni de découvrir les raisons du chaos. Il ne souhaite pas non plus en découdre avec des morts-vivants baveux et pustuleux sans qu’il n’y soit contraint. Geek par excellence, il a la tête embrumée de phobies en tous genres et laisse entrevoir des tendances qui confinent à la maniaquerie.
Tout le contraire en somme de Tallahassee (génial Woody Harrelson), transfuge d’un film de rednecks, qui prend un plaisir malin à massacrer ses victimes avec toutes sortes d’armes. Le couple Columbus/Tallahassee est détonant. Tous deux se complètent… le geek ultra-urbain et le cowboy provincial, la langue douceâtre et mielleuse face aux injonctions et aux one liners vulgaires et sanguinolentes.
Sur le chemin les deux survivants rencontreront deux soeurs, Wichita (Emma Stone) et Little Rock (Abigail Breslin), qui elles aussi ont des méthodes très particulières pour ne pas succomber.
Le film intègre un peu de romance mais celle-ci ne s’alourdit jamais ni ne devient un prétexte à l’histoire. C’est là que Fleischer montre qu’il maîtrise son sujet. Sans s’apesantir sur les séquences calmes, il relance toujours Zombieland vers son objectif premier : une parodie des films de zombies qui assume sa paternité gore. Le casting est parfait, les acteurs sont toujours très bons et Woody Harrelson semble être né pour ce rôle ! Sans oublier qu’il y a un invité surprise dans le film qui vous laissera pantois…