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The Girlfriend Experience – Steven Soderbergh – 2008

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Sasha Grey dans The Girlfriend Experience

Sasha Grey dans The Girlfriend Experience

The Girlfriend Experience, de Steven Soderbergh, s’intéresse à la vie d’une prostituée, ou plutôt d’une escort girl, et de ses clients. Le film parvient à approcher l’impression du vrai dans son regard sur la nature humaine, sur ses désirs et ses besoins. On n’échappe pas au poids de ce qui régit ce genre de relations très particulières : l’argent. Il est dans toutes les bouches, et s’écarte parfois même du prix à payer pour se sentir moins seul, pour avoir l’impression que la vie est plus qu’une succession de routines, professionnelle, familiale… L’argent est aussi celui qui frémit dans l’ombre de la crise économique. Celle-là même qui frappe les clients aisés de Chelsea (l’étonnante Sasha Grey). L’argent… celui qui s’échappe d’un compte bancaire vers les tableaux de galeries d’art intimistes, celui qui sent le ciment et le bois dans les maisons de bord de mer, ou dans les immeubles en construction, enfin, celui qui finit sous la forme de billets verts tendus dans une pauvre enveloppe en échange d’une liaison éphémère.

Dans le langage utilisé par la compagnie, GFE propose à ses clients une expérience si proche de la réalité que l’escort girl devient le temps d’une suite de rendez-vous une petite amie à part entière. Parfois, le sexe n’est plus au centre de la relation. Il disparaît pour mieux établir des liens d’affection que les clients semblent redécouvrir dans leurs indiscrétions et leur acceptation de l’intime avec Chelsea. Il s’agit d’avoir un autre être humain dans sa vie, un qui écoute, réagit aux mots, et se laisse recouvrir de l’amour extropié, rentré, refoulé même de clients globalement frustrés ou mélancoliques. Il y a une dimension clairement thérapeutique dans le service proposé.

La jeune femme qui propose ces services a un homme dans sa vie. Elle vit avec lui depuis 18 mois et leur relation ouverte et franche semble être le symbole d’une stabilité apaisante. D’une certaine manière, il est pour elle le boyfriend experience, l’équivalent masculins des services qu’elle offre. Professeur de gymnastique, il mène une vie simple et peu rentable. Il est, comme Chelsea, entouré d’hommes riches, mais ses besoins sont bien moindres que ceux de sa compagne.

Nous entendons ces clients parler. On les regarde parler pendant tous les films et on assiste au talent le plus pregnant de la jeune femme : l’écoute. A chaque instant, elle semble impliquée dans la conversation. On apprend même qu’elle étudie à sa manière les sujets qu’aiment ses clients, afin de mieux répondre à leurs besoins. Souvent, pourtant, les rôles s’inversent. Les clients, pris dans cette dynamique de partage, essaient eux aussi de l’écouter. Ils la sondent. Mais, contrairement à eux, Chelsea n’a pas l’envie de se découvrir, de parler de son compagnon ni de son travail. C’est là peut-être que se trouvent les limites entre le jeu de rôle et l’intimité sincère d’une jeune femme. Car, elle décide de s’effacer, elle en a le devoir implicite.

Soderbergh joue sur les mots. Dans l’utilisation du titre de son film, il crée un paradoxe évident au visionnage. Les clients de Chelsea ne cherche pas la girlfriend experience. Ils cherchent avant tout à vivre dans la peau d’un petit ami. Sorte de canal qui mène vers un retour aux sources, la jeune femme leur apporte ce qu’ils ont perdu dans leur vie quotidienne. Tous ses clients sont mariés, pères de famille… mais désespéremment seuls. Ils vieillissent, ne se sentent plus aimés, s’ennuient. Certains regrettent l’absence de dialogue avec leurs enfants, ou l’indifférence de leur épouse. D’autres s’inquiètent pour leur statut social, vampirisés par la crainte qu’insuffle au marché la crise de 2008.

Chelsea elle aussi souffre de sa position de force. Elle entrevoit de plus en plus franchement, au fur et à mesure qu’elle parle de ses aventures au journaliste qui l’interroge, les faiblesses qui l’étreignent, et qui ont la même source que celles de ses clients. Elle répond à leur besoin d’amour, mais derrière la carapace qu’elle s’est forgée, laisse émerger les siens.

Steven Soderbergh a pris le pari d’engager une actrice dont la filmographie était entièrement pornographique. Certes Sasha Grey est l’intigatrice d’un nouvel éclairage sur la pornographie, et c’est sûrement ce qui a motivé le réalisateur et ses scénaristes pour l’engager, mais elle reste avant tout une actrice porno. On est habitué à la voir entièrement nue et dépossédée des gestes qu’elle développe quand elle interprète Chelsea. Pourtant, dans une certaine mesure, elle ressemble à Chelsea. Elle montre dans la vie réelle la même distance entre son rôle d’actrice porno et celui d’une ambitieuse “chef d’entreprise” (Sasha Grey possède sa propre agence, un site Internet. Elle gère des actrices…).

Film construit sur le double postulat de celle que l’on est et celle que l’on laisse voir, The Girlfriend Experience s’intéresse à la perte de communication qu’implique la routine et aux besoins insatiables que celle-ci crée. Dans toute relation, il y a un perdant, semble nous dire à l’oreille Steven Soderbergh.

Yannick Deplaedt

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Montages et mise en garde… ou comment Youtube étonne encore.

Jack Bauer, le fatigant agent secret de 24 heures interroge le Père Noël, un dur à cuire !

Les Simpsons, version Estonie.

Pourquoi vous ne devez pas regarder des films sur un appareil portable, par David Lynch.

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Pandorum – Christian Alvart – 2009

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Synopsis

Deux astronautes, le Lieutenant Payton et le Caporal Bower se réveillent dans leur gigantesque vaisseau spatial après un long séjour en hyper-sommeil. Désorientés et plongés dans le noir, ils ne se souviennent ni de leurs identités ni de leur mission. Les seuls sons qui leur parviennent sont des vibrations provenant du coeur du vaisseau. Le Caporal Bower part en exploration et ne tarde pas à découvrir quelques survivants qui vivent cachés, traqués par d’effroyables créatures. Ensemble ils vont essayer de découvrir ce qui s’est réellement passé lors de cette mission…


Ben Foster, en mauvaise posture.

Ben Foster, en mauvaise posture.

Christian Alvart s’était déjà fait remarquer avec deux films tout à fait honorables, Cas 39 et Antibodies. Jeune réalisateur allemand, il a décidé cette fois de tracer son chemin aux Etats-Unis, empruntant la voie ouverte par d’autres compatriotes, dont le très malhonnête Roland Emmerich. Pandorum n’est pas un film facile à réussir. Dans l’ombre d’aînés à l’héritage lourd à porter, Alien, Sunshine, The Descent pour n’en citer que quelques-uns, Alvart parvient malgré tout à surprendre par la dynamique qu’apporte sa jeunesse et un regard neuf au film spatial.Il évite les lieux communs les plus pesants et n’hésite pas à prendre le contrepied des conventions du film de genre.

L’influence d’Alien est certainement la plus pregnante. Avec ses couloirs sans fins qu’entrecoupent à peine quelques portes coulissantes, ses montagnes de ferraille inaccueillante et sa population aux caractères bigarrés, le réalisateur aurait pu tomber dans une stratégie copycat qui n’aurait pu que décevoir. Pourtant le jeune ingénieur qui se réveille de son long hyper-sommeil n’est pas la réincarnation, version masculine, de Ripley.

Les premières minutes du long métrage sont à n’en pas douter les meilleures. Bower (Ben Foster) se retrouve soudain éveillé dans un lieu dont il n’a aucun souvenir. Il est presque nu, terrifié et rien dans le décor qui l’entoure ne peut l’aider à faire revenir ses souvenirs à la surface. Il est conscient d’être sur un vaisseau spatial… mais où se rend celui-ci et pourquoi est-ilà bord. Ces premières séquences amnésiques où le corps retrouve lentement ses repères et l’esprit est dans le flou le plus total sont très efficaces. Bower n’a pas vraiment le temps de sentir la solitude l’envahir, comme dans le très bon Moon de Duncan Jones, puisque peu de temps après Payton (Dennis Quaid), son supérieur se réveille à son tour. Ils vont tenter tous les deux de résoudre le mystère de leur éveil précoce et de l’état catastrophique du réacteur qui alimente le vaisseau.

Bower se lance dans une enquête qui viendra mettre en péril sa santé mentale. En effet, lors de ses recherches à tâtons dans les obscurs couloirs métalliques et suintants du vaisseau, il fait la rencontre d’autres personnes, sales comme sorties tout droit d’un dépotoir et effrayées comme si la mort elle-même était venue leur faire face. Bower va très vite découvrir qu’il n’y a pas que des êtres humains sur le vaisseau…

Les créatures créées pour Pandorum sont assez peu originales. Elles évoquent celles de Ghosts of Mars de John Carpenter (dont Alvart semble s’être librement inspiré), ou encore de Serenity, de Joss Whedon et bien sûr de The Descent, de Neil Marshall. En dire plus reviendrait à dévoiler les ficelles d’une intrigue qui n’est pas toujours complètement convaincante mais qui demeure, soyons honnêtes, tout à fait respectable.

La dimension paranoïaque des personnages s’arroge le droit d’empiéter sur la plus modeste dimension horrifique et c’est peut-être la force du film d’Alvart. C’est ainsi qu’il s’éloigne d’Alien ou du plus agressif Aliens. Pandorum est un nom qui laissera sa signification effleurer à la surface du récit peu à peu et la surprise doit être préservée.

Liens

100 enseignements que nous devons à Pandorum.

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おかあさん (Maman) – 成瀬巳喜男 (Mikio Naruse) – 1952

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おかあさん
(98分・35mm・白黒)

戦災で焼け出されたクリーニング店を再び盛り上げようと、夫や息子を失いつつも懸命に生きる母(絹代)と、そ の姿を見つめる娘(香川)。小学生の作文をまとめた文集をもとに、悲哀の中にユーモラスな表現もにじませたホームドラマ。絹代は『銀座化粧』に続く成瀬監 督とのコンビで日本の庶民の母親像に新境地を開いた。

’52(新東宝)福原正子(監)成瀬巳喜男(脚)水木洋子(撮)鈴木博(美)加藤雅俊(音)齊藤一郎(出)香川京子、岡田英次、片山明彦、加東大介、鳥羽陽之助、三島雅夫、中北千枝子、三好榮子、一の宮あつ子、本間文子、澤村貞子

Tokyo National Film Center

Tokyo National Film Center

Profitant d’un petit voyage à Tokyo (la traduction française étonnante du titre du film de Ozu 東京物語), je me suis rendu au Tokyo National Film Center, le plus joliment appelé 東京国立近代美術館フィルムセンター en japonais. Il y avait longtemps que j’avais prévu de me rendre dans ce lieu mythique, pendant japonais de la Cinémathèque française. Chaque mois, de nouvelles programmations alléchantes sont organisées et pour les provinciaux, dont je suis, il n’est pas toujours facile de prendre part aux festivités.

Dans le cadre d’une rétrospective de l’actrice Kinuyo Tanaka, 田中絹代, je suis allé voir Okaasan, おかあさん, un film écrit par Mikio Naruse, 成瀬巳喜男 en 1952. Il a fallu longtemps pour que ce très grand réalisateur, à la filmographie si longue qu’elle en devient indécente, soit reconnu parmi les maîtres du cinéma japonais. Aujourd’hui, toutes les éditions les plus prestigieuses y vont de leur coffret Naruse mais il fut un temps où nul ne pouvait voir ses oeuvres en Europe ou aux Etats-Unis.

Ce temps-là est révolu. Aujourd’hui, avec en tête des éditions chinoises obscures, tous ses films sont disponibles avec des sous-titres français (pour certains) ou anglais (pour la quasi totalité de ses films).

Quand on parle de Mikio Naruse, on pense souvent à ses chefs-d’oeuvre intemporels : Nuages Flottants, Le Son de la Montagne ou encore Chrysanthème Tardif, respectivement 浮雲、山の音 et 晩菊. Il faut dire qu’au milieu de ces grands films se trouvent une masse de réussites plus modestes. Travaillant d’arrache-pied toute sa vie, Mikio Naruse n’a pas réalisé que des chefs-d’oeuvre, loin s’en faut, et il s’avère particulièrement délicat de faire la part des choses quand on apprécie un réalisateur tel que lui. Il ne faut pas oublier qu’il a toujours été très fidèle au système des studios japonais, auxquels s’opposeront avec virulence tous les cinéastes de la Nouvelle Vague à venir, et qu’à ce titre, il a réalisé des oeuvres pour lesquelles il n’éprouvait aucun attachement particulier.

Okasan fait clairement partie de ses films mineurs. Pourtant on retrouve les thèmes qu’il a toujours chéris. A l’origine du scénario, un concours d’essais organisé dans les écoles du pays. Le studio a demandé à Naruse d’écrire un scénario en se basant sur le contenu de cet essai. Ceci explique sûrement l’importance accordée à la narration en off de Toshiko, la fille aînée au centre du récit. Ouvrant et clôturant le film, la voix de Toshiko exprime comme une litanie l’amour qu’elle porte à sa mère et les raisons de cet amour filial incommensurable.

Masako et Toshiko, mère et fille.

Masako et Toshiko, mère et fille.

La famille de Toshiko est de condition sociale modeste. Propriétaires d’un pressing, ses parents doivent reconstruire petit à petit leur commerce, détruit pendant la guerre. L’histoire se déroule au début des années 50 mais l’ombre de la guerre flotte encore sur la vie des gens, qui luttent avec vigueur pour se sauver de la misère. A la reconstruction difficile des bâtiments s’adjoint le retour des prisonniers de guerre, libérés du front russe après plusieurs années de captivité. La vie est dure mais les liens familiaux sont très forts dans la famille et chacun essaie de vivre au jour le jour sans se plaindre. Kinuyo Tanaka joue Masako, la mère courage typique des films d’après-guerre. Dévouée, prête à se sacrifier pour le bonheur de ses enfants ou de son mari, pleine de ressources et ne se plaignant jamais, elle mène d’une main délicate les rênes de la famille.

Pendant la guerre, leur commerce ayant été saisi, Masako et Ryosuke ne peuvent pas encore relancer leur activité. Ils essaient donc tous de participer à leur manière à la vie économique de la maison. Il y a Toshiko, l’aînée qui laisse déjà entrevoir les premiers signes du passage à l’âge adulte et qui se démène avec sa mère sur les marchés, Ryosuke, le père, fort comme un boeuf qui en est réduit à travailler comme gardien dans une usine. A cette famille laborieuse s’ajoutent Chako, la cadette et Tetsuo, le fils de la soeur de Masako. Très vite oublié, Susumu, le fils aîné, meurt après s’être échappé du sanatorium où il a été placé en raison de sa condition de santé. Naruse laisse disparaître ce personnage avec une distance qui fait tressaillir. Victime expiatoire de la guerre, le Japon manquant terriblement de médicaments et d’infrastructures pour soigner les plus malades, Masako sera la seule à vraiment éprouver de la tristesse lors de sa disparition. Les autres personnages semblent presque nier l’existence même du grand frère, ne l’évoquant jamais.

Le temps passe et la famille retrouve ses droits sur son commerce. A peine le temps de respirer que Ryosuke tombe malade. Il refuse catégoriquement d’être placé à l’hôpital en prétextant que le coût des soins viendrait à bout des maigres économies de la famille. Avec un mari alité et souffrant, Masako jongle entre le pressing, les soins à apporter à son mari et les besoins quotidiens des enfants. Sans jamais se plaindre. Si bien que la mort de son mari passera elle aussi presque inaperçue, conséquence évidente et admise par tous que ce sont les temps qui dictent ces règles inacceptables.

Bien que l’histoire soit ponctuée de multiples drames, l’atmosphère générale du film n’en demeure pas moins pleine d’humour et de bonne humeur. Entre les circonvolutions romantiques et les quiproquos amoureux de Toshiko, les mésaventures du pressing et les frasques des enfants, Okasan reste un film qui irrise la fraîcheur et une joie toujours consummée. En cela, le film se démarque des grands films des années 50 du réalisateur où subsistaient toujours une mélancolie et une tristesse sombres et pesantes. A plusieurs reprises, des pans entiers du film s’évadent dans la légèreté et l’humour intervient en masse, reléguant les moments dramatiques à la mémoire immédiate, qui les oublie sans se faire prier. La chanson Que Bella Donna interprétée avec un talent douteux par Shinjiro, qui courtise Toshiko, lors du festival de printemps, les gâteaux surprises du même jeune homme… Ses tentatives ratées de séduire Toshiko sont nombreuses et sont véritablement un moyen de désamorcer le véritable drame du film : l’adoption de Chako par un oncle. Cette pratique était très courante dans le Japon d’après-guerre. Pour ne pas tomber dans la misère la plus totale, il était fréquent que des couples acceptent que l’un de leurs enfants soit adopté par des membres de leur famille. Chako ne quitte pas son domicile de gaité de coeur mais elle le fait dignement. Masako l’accepte elle aussi, consciente de la difficulté pour une mère seule de donner satisfaction aux demandes de ses enfants.

Naruse montre une fois de plus dans ce film un talent évident pour éviter le misérabilisme. La mort de Susumu est vraiment un exemple parfait de cette propension à nier le malheur en lui ôtant le droit à l’image. C’est dans une ellipse d’une simplicité déconcertante que le film passe d’une conversation entre une mère et son fils malade aux remerciements d’après cérémonie funéraire, comme si Naruse se refusait catégoriquement à céder à l’appel de la tristesse. Le désespoir fait rage mais il reste dans l’ombre des petits bonheurs qui ponctuent l’existence de Masako.

Yannick Deplaedt

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The Times of Harvey Milk – Rob Epstein – 1984

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En campagne.

En campagne.

Dans le très récent documentaire After Stonewall (qui fera l’objet d’un article prochainement), une femme politique ouvertement homosexuelle explique à moitié interloquée qu’un de ses partisans l’a approchée pour la première fois en s’exclamant : “I hate all politicians. I think they’re all liars and can’t trust one of them, except for you.” Intriguée par cette déclaration aussi soudaine qu’étonnante, elle lui a demandé pour quelle raison cet homme pensait qu’elle était si exceptionnelle. Celui-ci de répondre : “You’ve already told us the worst thing about yourself. Why would you lie about anything else?“. Annoncer publiquement son orientation sexuelle est devenue depuis quelques temps un argument, ou une particularité, inévitablement politique. Déjà en 1984, Rob Epstein avait abordé cette problématique dans son excellent documentaire sur Harvey Milk, le premier homme en campagne à se déclarer homosexuel.

La construction du récit est simple. Organisée de façon chronologique, on assiste d’abord aux tentatives piétrement transformées des premières campagnes d’Harvey Milk, militant avant tout pour la reconnaissance des droits des homosexuels avant de devenir un homme politique à part entière, gêné par les institutions et encadrés par un parti. De son arrivée dans le célèbre quartier gay de San Francisco, où il tient un magasin de photos, à son implication dans la vie politique de sa communauté jusqu’à son arrivée au conseil d’administration de la ville, alors gouvernée par George Moscone, et son assassinat le documentaire fait intervenir images d’archives et interviews contextualisées dans le présent.

Epstein, pourtant, parvient à dépasser le postulat biographique en s’intéressant tout particulièrement à l’opposition Harvey Milk/Dan White, deux représentations diamétralement opposée de l’homme politique (bien qu’ils soient tous deux des self-made men) et à la Proposition 6, déjà adoptée dans plusieurs états américains, et dont le référendum approche en Californie. Cette proposition vise à accorder aux écoles le droit de renvoyer les professeurs homosexuels, prétextant que  de cette orientation pourrait résulter une conception non-naturelle du schéma familial américain. La Moral Majority brigade, qui lutte contre la création de droits pour les homosexuels, a la bassesse d’utiliser un argument de poids : les enfants. Victimiser cette partie de la population revient à jouer sur l’émotivité de l’opinion publique. La méthode et son discours représentent une part importante du documentaire de Epstein. Il les analyse en décortiquant les représentations des hommes politiques et les techniques de communication, qui se substituent parfois à l’importance des enjeux de leurs messages. Harvey Milk joue le même jeu que son opposant, le Sénateur John Briggs.

Dan White est, contrairement à ce que laisse transparaître le biopic (Milk, 2008)de Gus Van Sant, le symbole de l’hétérosexuel dont l’Amérique semble avoir besoin. Il est marié, a un enfant et a même été pendant plusieurs années un soldat du feu… il représente à lui seul le triomphe du mâle américain. Et pourtant, malgré le soutien de ses proches et de ses partisans, il échoue irrémédiablement face au talent de manipulateur d’Harvey Milk, dont l’ambition et le flair politiques font vite oublier son orientation sexuelle. Dan White ne peut à aucun moment prétendre à la reconnaissance publique de ce qu’il symbolise. Ridiculisé, rejeté au rang de présence fantômatique, fantoche, il perd pied jusqu’à l’annonce de sa démission.

Epstein insiste sur cette vision inédite des rapports sociaux et politiques. Annonciateur à son corps défendant d’une déliquescence prochaine de la famille nucléaire, Harvey Milk devient pour Dan White l’ennemi à abattre. De là à prétendre que ce dernier ne pouvait pas assumer son homosexualité refoulée, il y a un gouffre que Gus Van Sant, pour des raisons dramatiques (?), n’a pas hésité à franchir.

Toujours est-il que le réalisateur ose à plusieurs reprises embrayer sur les ambitions annoncées d’Harvey Milk. Lorsque celui-ci exhorte les homosexuels à “coming out of the closet!“, alors même que le résultat du procès de Dan White vient contredire la faisabilité d’un tel projet. Condamné, mais sans l’être sur la réalité de ses crimes, Dan White est redevenu, une fois de plus, l’homme-étendard d’une société dont le progressisme n’était encore qu’embryonnaire.

Yannick Deplaedt

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Zombieland – Ruben Fleischer – 2009

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Non, ce nest pas 2012 !

Non, ce n'est pas 2012 !

Depuis 2004 et la sortie fracassante de Shaun of the Dead, peu de films d’horreur ont réussi à allier aussi bien le gore et l’humour potache. Il y a bien eu quelques tentatives mais jamais celles-ci ne sont parvenues à atteindre le niveau d’excellence de leur maître britannique : Dead Snow, Zombie Strippers et d’autres encore comme High School of the Dead. Chacun d’entre eux offraient de nouvelles perspectives mais sans jamais, ne serait-ce que frôler, leur génial prédécesseur.

2009 apporte cependant une nouvelle vague de films d’horreur et parmi eux, Zombieland fait peut-être office de successeur tout trouvé à Shaun of the Dead. Tout commence très fort avec une introduction qui définit d’emblée le chemin que va emprunter le film de Fleischer. Quelques secondes à peine de pellicule ont défilé et pourtant, les spectateurs savent déjà que ce à quoi ils vont assister laissera une empreinte durable. Washington, laissée pour morte, semble déserte, si ce n’est qu’un nombre indéfinissable de cadavres ambulants la parcourent clopin-clopant, cahin-cahan, à la recherche d’une proie au cerveau encore irrigué. C’est là que la caméra s’arrête sur Columbus (Jesse Cera est mon frère Eisenberg), un loser resplendissant dont on se dit qu’il sera très vite dévoré jusqu’à l’os. Mais à Zombieland, même les moins valeureux ont leurs actuces pour survivre. Columbus a créé une liste de règles dont il ne s’écarte jamais… ou presque.

Être prêt à courir longtemps… Toujours attacher sa ceinture de sécurité… Tirer deux fois sur les zombies…

Le réalisateur connaît son histoire du cinéma zombiesque, et ça se voit. Un peu à l’instar de Shaun of the Dead, son film regorge de séquences autoparodiques et dépasse les règles instituées par la genre. Ainsi, Columbus est-il loin du héros à la Romero. Pas héroïque pour un sou, il n’essaie en aucune manière de résoudre ni de découvrir les raisons du chaos. Il ne souhaite pas non plus en découdre avec des morts-vivants baveux et pustuleux sans qu’il n’y soit contraint. Geek par excellence, il a la tête embrumée de phobies en tous genres et laisse entrevoir des tendances qui confinent à la maniaquerie.

Tout le contraire en somme de Tallahassee (génial Woody Harrelson), transfuge d’un film de rednecks, qui prend un plaisir malin à massacrer ses victimes avec toutes sortes d’armes. Le couple Columbus/Tallahassee est détonant. Tous deux se complètent… le geek ultra-urbain et le cowboy provincial, la langue douceâtre et mielleuse face aux injonctions et aux one liners vulgaires et sanguinolentes.

Sur le chemin les deux survivants rencontreront deux soeurs, Wichita (Emma Stone) et Little Rock (Abigail Breslin), qui elles aussi ont des méthodes très particulières pour ne pas succomber.

Le film intègre un peu de romance mais celle-ci ne s’alourdit jamais ni ne devient un prétexte à l’histoire. C’est là que Fleischer montre qu’il maîtrise son sujet. Sans s’apesantir sur les séquences calmes, il relance toujours Zombieland vers son objectif premier : une parodie des films de zombies qui assume sa paternité gore. Le casting est parfait, les acteurs sont toujours très bons et Woody Harrelson semble être né pour ce rôle ! Sans oublier qu’il y a un invité surprise dans le film qui vous laissera pantois…

Yannick Deplaedt

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Liste des films chroniqués

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A

A Bout de Course (Running On Empty), de Sidney Lumet

Aguirre, la Colère de Dieu (The Wrath of God), de Werner Herzog

Alain Resnais, un portrait

Away We Go, de Sam Mendès

B

Breaking Bad, de Vince Gilligan (série TV US)

Bronson, de Nicolas Winding Refn

C

Carriers, d’Alèx et David Pastor

La Citta Si Difende, de Pietro Germi

Classified People, Yolande Zauberman

The Cola Conquest, d’Irene Lilienheim Angelico

Cold Prey 1 & 2 (Frit Vilt), de Roar Uthaug et Mats Stenberg

Coraline, d’Henry Selick

Le Corbeau, d’Henri-Georges Clouzot

D

Demain est un autre jour (There’s Always Tomorrow), Douglas Sirk

Le Dernier Maquis, de Rabah Ameur-Zaïmeche

Le Dernier Maquis, de Rabah Ameur-Zaïmeche (Regards Croisés, par Marco Sottile)

Détournements, ou la sortie d’un film de Wiseman au Japon

Django, Preparati la Bara!, de Ferdinando Baldi

Duel dans le Pacifique, de John Boorman

Durango, encaisse ou tue, de Roberto Bianchi Montero

E

Electra Glide in Blue, de James William Guercio

Elephant Man, de David Lynch

L’Enfance d’Ivan (Ivan’s Childhood), d’Andreï Tarkovski

L’Enfance Nue, de Maurice Pialat

F

Une Fille a parlé (A Generation (Polokenie)), de Andrezj Wajda

Funny People, de Judd Apatow

G

The Girlfriend Experience, de Steven Soderbergh

Grizzly Man, de Werner Herzog

La Guerre est finie, d’Alain Resnais

La Gueule Ouverte, de Maurice Pialat

H

Vers la naissance du  Code Hays 1 : Le scandale Arbuckle

Vers la naissance du Code Hays 2 : Le scandale Wallace Reid

Werner Herzog, Documentaires et Courts-Métrages

Hiroshima mon Amour, d’Alain Resnais

Hung, Saison 1, 2009, HBO

I

J

Jean-Luc Godard, un portrait (nécessairement raté)

John-John (Foster Child), de Brillante Mendoza

Jonestown, The Life and Death of Peoples Temple, Stanley Nelson

K

Killer of Sheep, de Charles Burnett

L

Little Dieter Wants to Fly, de Werner Herzog

Looking For Eric, de Ken Loach

M

Maman (おかあさん), de Mikio Naruse

Les Maraudeurs Attaquent (Merrill’s Marauders), de Samuel Fuller

Mauvaises Fréquentations, de Jean Eustache

My Flesh and Blood, de Jonathan Karsh

N

9, de Shane Acker

Note by Note, Ben Niles

La Nuit du Chasseur (The Night of the Hunter), de Charles Laughton

O

Offre d’Emploi, de Jean Eustache

On Connaît la Chanson, d’Alain Resnais

P

Pandorum, de Christian Alvart

Paradise Lost : The Child Murders at Robin Hood, de Joe Berlinger et Bruce Sinofsky

Le Petit Soldat, de Jean-Luc Godard

Le Point de Non Retour (Point Blank), de John Boorman

PTU (Police Tactical Unit), de Johnny To

Prédictions, d’Alex Proyas

Q

Qu’est-il arrivé à baby Jane ? (What Ever Happened to Baby Jane ?), de Robert Aldrich

R

Requiem pour un Massacre (Va et Regarde), Elem Klimov

Revue, de Sergei Loznitsa

Rio Grande, de John Ford

S

Le Sang des Bêtes, de Georges Franju

Sauna, de Antti-Jussi Annila

Serpico, de Sidney Lumet

Shock Corridor, de Samuel Fuller

Le Silence de la Mer, de Jean-Pierre Melville

Sous les toits de Paris, de René Clair

Splinter, de Toby Wilkins

Standard Operating Procedure, d’Errol Morris

T

Le Temps d’aimer et le Temps de mourir (A Time to Love and a Time to Die), Douglas Sirk

The Times of Harvey Milk – Rob Epstein

Tokyo Sonata, de Kiyoshi Kurosawa

U

V

Verboten!, de Samuel Fuller

W

X

Y

Les Yeux Sans Visage, de Georges Franju

Z

Zombieland, de Ruben Fleischer

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Jonestown, The Life and Death of Peoples Temple – Stanley Nelson – 2006

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Jim Jones, linstigateur du plus grand suicide de masse que les Etats-Unis aient connu.

Jim Jones, l'instigateur du plus grand suicide de masse que les Etats-Unis aient connu.

Le massacre de Jones Town en Guyane en 1978 a laissé longtemps traîner son spectre sur les prédicateurs indépendants. Pourtant cet événement appartient à une construction branlante de la mémoire collective. Comme le dit l’une des victimes interviewées dans le documentaire, Jim Jones et le suicide de masse dont il a été l’initiateur font parties de ces faits divers que chacun connaît de nom sans pouvoir vraiment en parler. Il existait des témoignages, des photos et des vidéos de cette People’s Temple mais il a fallu attendre encore des décennies avant de voir se réaliser à l’écran une véritable reconstitution historique, composée des images exclusives tournées par des journalistes de la NBC en Guyane et d’un ensemble de documents fournis par les archivistes du FBI. 28 ans après l’horreur d’une journée qui s’annonçait triste, Stanley Nelson, le réalisateur, a réuni, assemblé et reconstruit sans voyeurisme ni tentation misérabiliste les archives mises à sa disposition afin de permettre à la mémoire collective d’en finir avec le demi-oubli qui la frappait.

Dans les années 60 et 70, Jim Jones, simple prédicateur de campagne qui allait par la suite s’avérer brillant, a commencé, armé de ses lunettes noires et de ses cheveux gominés à la Elvis, à établir les bases de sa future People’s Temple. Venu d’un contexte familial miséreux et élevé dans une société inégale et injuste envers ses minorités, il va très vite être rallié par une population qui lui ressemble. Vieillards, jeunes en mal d’avenir, Afro-américains, Blancs, riches et pauvres, tous se sentent très vite des liens particuliers avec la pensée et les discours du prédicateur. Reprochant à la société de ne pas vouloir d’eux, de ne rien faire pour aider les plus démunis malgré les promesses de campagne, il propose à ses ouailles une alternative que les désespérés vont embrasser avec passion.

Le nombre de fidèles de la People’s Temple augmente très rapidement. Déçu par le racisme ambiant, il décide d’emmener ses plus fidèles croyants en Californie, l’état le plus progressiste du pays. Jim Jones fonde une communauté où chacun travaille dur, et accepte les rudesses qu’impose la foi : l’abstinence sexuelle, le don de toutes ses possessions à l’église, l’abnégation au travail… les préceptes d’un homme qui ne les applique aucunement pour lui-même.

Certaines images du documentaire de Nelson sont fascinantes. Loin de l’image d’Epinal associée aux meneurs de sectes, on s’aperçoit que Jim Jones s’est aussi beaucoup impliqué dans la politique. Pendant les années californiennes de sa congrégation, ses fidèles et lui ont très souvent participé à des manifestations ou à des marches dans l’intention d’aider une conception de la société américaine qui leur plaisait. Ces actions ont permis notamment l’arrivée au conseil d’administration de San Francisco de Harvey Milk et la réélection du maire progressiste Marcone (tous deux abattus quelques temps avant le massacre de Jonestown).

Mais, cette période verra sa fin arriver à toute allure, à mesure que le leader tombe dans la paranoïa la plus délirante. Convaincu que les services secrets américains cherchent à le faire disparaître, il souffre de la vie aux Etats-Unis et invite sa communauté à le suivre en Guyane. Il leur présente un terrain sauvage où ils pourront rebatir une société à leur image, autonome et indépendante, libérée des contraintes imposées par le gouvernement américain et surtout, où Jim Jones pourra régner en père spirituel inamovible et démiurge.

En novembre 1978, alors qu’aux Etats-Unis, de nombreuses familles demandent la libération de certains membres de leur famille “retenus prisonniers”, le sénateur républicain Leon Ryan, accompagné d’une équipe de la chaîne NBC, se rend à Jonetown. Il est d’abord fasciné par cette communauté qui semble pouvoir exister en autarcie et en totale indépendance. Mais il se rend compte que certains membres essaient en vain de quitter le culte. Les gens ont peur d’exprimer leur opinion et le simple fait de s’opposer à Jones est un risque qui pourrait coûter la vie, et avant cela l’opprobre auprès des autres membres.

Les dernières heures de Jim Jones et des 909 membres qui le précéderont dans la mort sont recomposées à coups de photos de cadavres, de cris d’enfants et des exhortations à mourir dans la dignité du révérend.

Nelson prend le parti de ne pas céder à la tentation spectaculaire sans toutefois faire l’impasse sur des séquences sonores qui font froid dans le dos. Les dernières minutes laissent les spectateurs épuisés émotionnellement et menacés intellectuellement. Comment saisir le début d’une réponse à la folie des ceux qui ont suivi un homme, certes charismatique, mais malgré tout démonstratif d’une paranoïa et d’une estime de soi délirantes. Savamment construit, on ne doute pas des multiples versions qu’a pu produire le réalisateur à la tête de toutes ces archives. Des centaines d’heures d’enregistrement audio, des dizaines de photos et plusieurs heures de films pour un documentaire qui ne dépasse pas 1h30… Succinct mais efficace, souvent jugé trop court quoiqu’explosif, le film de Stanley Nelson est une oeuvre somme sur la tragédie de Jonestown. Intégrant les survivants ainsi que les témoins extérieurs de cette église qui se savait condamnée longtemps avant sa fin réelle, il réussit à mettre en lumière la fragilité, et l’horreur finale, d’une population qui se sentait abandonnée par les puissants.

Yannick Deplaedt

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Paradise Lost : Joe Berlinger et Bruce Sinofsky – 1996

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Les trois suspects de West-Memphis.

Les trois suspects de West-Memphis.

Après le très réussi Brother’s Keeper, le duo Joe Berlinger et Bruce Sinosky se lancent dans l’exploration d’une autre affaire criminelle qui a défrayé la chronique pendant des semaines aux Etats-Unis. Ils nous emmènent dans les états du sud américain, le lieu du crime s’étendant à toute une partie du pays sous l’oeil de la caméra, et nous convient à suivre en leur compagnie la descente aux enfers de trois adolescents, accusés du meurtre sauvages de trois jeunes garçons. Quand la police retrouve les corps de ces trois enfants, mutilés, emmasculé pour l’un d’eux, et laissés morts, nus dans la forêt, elle mène l’enquête avec une telle efficacité qu’en à peine deux semaines, les présumés coupables ont avoué leur crime et sont prêts à être jetés dans la tourmente émotionnelle qui a accompagné ce fait divers.

Jessie Miskelly Jr., Jason Baldwin et Damian Wayne Echols sont tous les trois soupçonnés d’avoir commis ce crime immonde. La justice et le public s’acharne surtout sur Echols, vêtu de noir, les cheveux longs, et l’attitude révoltée d’un adolescent qui lit Shakespeare, Keats mais aussi des ouvrages de magie et d’ésotérisme. Très vite, les réalisateurs parviennent à saisir l’enjeu du procès. La justice des hommes ne souhaite pas condamner ces adolescents pour les crimes de sang qu’on leur reproche, c’est la philosophie existentielle d’Echols qui est attaquée. A de nombreuses reprises, les avocats de la partie civile l’accuse d’être un suppôt de Satan et d’avoir perpétré ces meurtres dans le but de satisfaire à leur rejet de Dieu. Dans cette démonstration grandiloquente, c’est tout un pan de l’Amérique, dont une partie de la population semble vivre à l’âge de l’obscurantisme le plus délirant, que nous montre le documentaire.

Peu importe que les preuves soient ridicules ou que le mobile tende au délire collectif, les parents des victimes, à aucun moment, ne doute de la culpabilité des adolescents. Dans le plus pur respect des traditions christiano-intégristes, ils demandent la peine de mort, écho humain du oeil pour oeil, dent pour dent divin.

Victimes et suspects.

Victimes et suspects.

Berlinger et Sinofsky laissent clairement apparaître l’ombre HBO sur leur documentaire et, pour cette raison, l’innocence probable des suspects flotte sur toute la durée du film. Pourtant ils donnent la parole à tous les acteurs de ce drame sudiste, accordant un temps de parole équilibré et juste à chacune des parties. Depuis plus de quinze ans maintenant, Miskelly, Baldwin et Echols sont en prison. Echols attend dans le couloir de la mort. Les avocats qui les ont défendus lors du premier procès n’ont jamais cessé de se battre pour prouver leur innocence et une association s’est même créée dans le but de les faire libérer pour manque de preuve.

Un deuxième documentaire a d’ailleurs été réalisé pour faire écho aux avancées de cette équipe d’avocats convaincue que l’enquête de police a été bâclée et que le procès a servi d’exutoire à une communauté qui se paupérise et dont l’investissement intime dans la foi devient une fin en soi. Au même titre que Bible Camp, que Jonestown (sur la secte People’s Temple de Jim Jones) ou encore que Stevie, de Steve James, Paradise Lost laisse un goût douteux dans la bouche. L’Amérique fascine autant qu’elle effraie, surtout lorsqu’elle laisse le spectre obscurantiste qui règne sur une partie du pays aller vers la lumière.

Yannick Deplaedt

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Away We Go – Sam Mendes – 2009

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Après les déchirures d’un couple marié, bercé aux illusions perdues, Sam Mendès s’attaque cette fois-ci à la découverte de la parentalité avec tous les questionnements que cette révolution familiale implique. John Krasinski (plus connu pour son rôle dans The Office, version américaine) et Maya Rudolph (Saturday Night Live) vivent ensemble, sans être mariés, et s’apprêtent à avoir un enfant. Inquiets des conséquences que cet événement pourrait avoir sur le futur de leur relation amoureuse ainsi que sur cette notion très abstraite qu’est l’éducation, ils décident de prendre la route pour aller à la rencontre d’amis expérimentés.

Au début, tous deux se demandent s’ils ne forment pas un couple un tantinet fucked up, raté, marginalisé, voire bizarre, et c’est pour cette raison précise qu’ils ont besoin de se confronter à d’autres choix de vie. A mesure qu’ils parcourent le pays et découvrent leurs couples d’amis vivre la parentalité, ils se rendent compte qu’ils ne sont pas les seuls fucked up du pays.

 

Dans lavion qui les mène au Canada

Dans l'avion qui les mène au Canada

Sous ses airs de bluette doucereuse, Away We Go est le pendant optimiste du précédent film de Sam Mendès, Revolutionary Road, dans lequel Leonardo DiCaprio et Kate Winslet prenaient tous deux conscience des sacrifices que représentent le mariage comme institution et le besoin de bien-vivre. La nécessité d’une routine confortable qui s’apparentait à un suicide amoureux au profit d’une existence sociale.

Les disputes laissent la place aux moments de réconfort, la certitude du devoir à la maladresse d’un amoureux enthousiaste et décomplexé. John Krasinski et Maya Rudolph sont issus de la comédie télévisuelle et, les Américains bien plus que les Français, pouvaient douter du résultat. Comment ces deux acteurs habitués à la folie du petit écran parviendraient-ils à incarner un couple de jeunes gens parfois originaux mais au final plutôt simples sans tomber dans le trop plein, des expressions faciales, des bons mots… en bref, sauraient-ils ne pas céder à la facilité des gags dont ils sont experts ? Et la réponse est oui ! Subtils, symbiotiques dans toutes les scènes où ils sont côte à côte, leur rencontre cinéma est magique.  

Yannick Deplaedt

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