Il y a un petit temple boudhiste ou j`adore venir quand le temps d`hiver le permet. Je m`y rends souvent pour lire, ou pour regarder les gens prier. Je suis athee mais j`adore voir les gens s`enfouir dans le creuset de leurs croyances. Je ne porte aucun jugement negatif a ce sujet, bien au contraire. Je suis souvent admiratif. Il s`agit la d`extrapolations...
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Un jour qu`il marchait paisiblement entre les allees du cimetiere de ce temple, Yan avait vu entre deux arbres flamboyants, un ouvrier d`une cinquantaine d`annees venir prier secretement. Il avait place un bouquet de batonnets d`encens devant le gigantesque Bouddha. Il etait presque midi et peut-etre cet homme travaillait-il pres du temple. Les mains poussiereuses et les cheveux en bataille, il deambulait maladroitement devant le petit autel ou une bougie a la flamme eternelle dansait comme un poisson qu`on aurait sorti de l`eau. Apres quelques rondes devant la statue, il revint pres de l`encens et entreprit d`allumer tous les batonnets. Yan s`etait approche et s`etait agenouille derriere une rangee de bambous d`ou il pouvait assister a la procession intime sans deranger.
Le vent faisait chanter les bambous. On eut dit des percusionnistes aux membres rouilles. Les melodies etaient un peu deconstruites mais tout ceci avait un charme inhabituel qui inspirait un subtil melange d`africanisme et de musique nippone. L`ouvrier restait devant la statue. Il se courba avec deference. Pres de dix minutes avaient passees quand le vent cessa de souffler. Le silence courut entre les grands arbres touffus et les bambous. La flamme de la bougie s`immobilisa. Yan respirait calmement. Inquiet a l`idee d`etre vu, il se ramassa encore, approchant son torse le plus possible de ses genoux. La lumiere du soleil faisait jouer des ombres inattendues sur le Bouddha et donnait une impression de mouvement unique. L`ouvrier cessa de se courber et regarda le Bouddha droit dans les yeux. Il resta ainsi quelques minutes avant de baisser les yeux, sans doute parce que sa nuque devenait douloureuse. Il partit ensuite laissant l`encens bruler.
Yan se releva et marcha jusqu`au devant de la statue. Le vent soufflait de nouveau et les bambous reprenaient leur andante avorte. Il jeta un oeil au Bouddha. Il n`avait plus l`air de bouger. Le sentiment que lui laissait ce souvenir etait agreable. Il avait epie un inconnu mais n`avait pas l`impression d`avoir viole une rencontre si capitale qu`elle se devait d`etre secrete. Il s`assit sur un tabouret en pierre qui se dressait un peu a l`ecart et allongea ses jambes. Il sortit une cigarette et l`alluma. Pendant les longues minutes ou la fumee de sa cigarette tournoyait dans l`air, il revit la scene et commenca a songer a cet ouvrier. Il essaya d`imaginer sa vie, sa famille, son enfance mais il en etait incapable. Tout le menait a des invraisemblances stupides. Il jeta sa cigarette. Il sortit un livre de Miyamoto Teru de son sac.
Izo
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Un jour qu`il marchait paisiblement entre les allees du cimetiere de ce temple, Yan avait vu entre deux arbres flamboyants, un ouvrier d`une cinquantaine d`annees venir prier secretement. Il avait place un bouquet de batonnets d`encens devant le gigantesque Bouddha. Il etait presque midi et peut-etre cet homme travaillait-il pres du temple. Les mains poussiereuses et les cheveux en bataille, il deambulait maladroitement devant le petit autel ou une bougie a la flamme eternelle dansait comme un poisson qu`on aurait sorti de l`eau. Apres quelques rondes devant la statue, il revint pres de l`encens et entreprit d`allumer tous les batonnets. Yan s`etait approche et s`etait agenouille derriere une rangee de bambous d`ou il pouvait assister a la procession intime sans deranger.
Le vent faisait chanter les bambous. On eut dit des percusionnistes aux membres rouilles. Les melodies etaient un peu deconstruites mais tout ceci avait un charme inhabituel qui inspirait un subtil melange d`africanisme et de musique nippone. L`ouvrier restait devant la statue. Il se courba avec deference. Pres de dix minutes avaient passees quand le vent cessa de souffler. Le silence courut entre les grands arbres touffus et les bambous. La flamme de la bougie s`immobilisa. Yan respirait calmement. Inquiet a l`idee d`etre vu, il se ramassa encore, approchant son torse le plus possible de ses genoux. La lumiere du soleil faisait jouer des ombres inattendues sur le Bouddha et donnait une impression de mouvement unique. L`ouvrier cessa de se courber et regarda le Bouddha droit dans les yeux. Il resta ainsi quelques minutes avant de baisser les yeux, sans doute parce que sa nuque devenait douloureuse. Il partit ensuite laissant l`encens bruler.Yan se releva et marcha jusqu`au devant de la statue. Le vent soufflait de nouveau et les bambous reprenaient leur andante avorte. Il jeta un oeil au Bouddha. Il n`avait plus l`air de bouger. Le sentiment que lui laissait ce souvenir etait agreable. Il avait epie un inconnu mais n`avait pas l`impression d`avoir viole une rencontre si capitale qu`elle se devait d`etre secrete. Il s`assit sur un tabouret en pierre qui se dressait un peu a l`ecart et allongea ses jambes. Il sortit une cigarette et l`alluma. Pendant les longues minutes ou la fumee de sa cigarette tournoyait dans l`air, il revit la scene et commenca a songer a cet ouvrier. Il essaya d`imaginer sa vie, sa famille, son enfance mais il en etait incapable. Tout le menait a des invraisemblances stupides. Il jeta sa cigarette. Il sortit un livre de Miyamoto Teru de son sac.
Izo
