Le Japon et les étrangers, par CHRIS MacKINZIE

L’année 2009 a été positive pour les non Japonais. Mais comme une bonne année n’est jamais parfaite, elle a malgré tout laissé échapper quelques dérapages en matière. Entre l’incarcération arbitraire d’un touriste américain et les frasques marketing de McDonald, un grands nombres de faits divers ont entâché l’image du pays. Retour sur un classement établi par Debito Arudou. (Dessin par Chris MacKinzie).

Tout a commencé avec une campagne pour de nouveaux produits estampillés McDonald au début de l’année. Présentant une gamme de hamburgers par et pour les Japonais, la campagne de publicité qui a martelé les esprits pendant des mois était centrée sur un touriste américain, M. James. Le pauvre bougre n’était pas venu découvrir le Japon et ses trésors architecturaux mais les secrets en matière de junk food imaginée sur mesure pour ses chers citoyens. Les différents visuels étaient assez drôles si ce n’est que pour les quelques millions de consommateurs peu alertes qui ont avalé ces images, l’étranger McDo’ parle une langue inédite, un sabir douteux qui ressemble au japonais mais que l’on retranscrit en katakana. Ce n’est pas la première fois que ce type de représentation est exploitée. Déjà, dans le monde du jeu vidéo et à la télé, les personnages ainsi que les talento ont souvent droit à des sous-titres aux formes katakanaisées. Debito Arudou est un chasseur de clichés et aucune trace de la discrimination à l’égard des étrangers ne lui échappent. Le débat a fait rage dans le monde des Anglophones qui ne pouvaient évidemment pas accepter cette imagerie ridicule où chaque résident étranger était assimilé à une machine à katakana incapable de se fondre dans la société japonaise. Les plaintes ont vite augmenté et les médias japonais s’y sont intéressés. Malheureusement, les représentants de McDonald Japan, globalement américains, ont refusé de répondre à la polémique. La seule mesure qui a été prise en faveur des plaignants est le retrait du blog de ce tourisme emblématique. Tous les textes étaient rédigés en katakana.

Peut-être n’avez-vous pas entendu parler de The Cove, un film sorti récemment qui s’intéresse au massacre des dauphins à travers le monde. Le documentaire présente la chasse au dauphin, véritable tradition !, qui sévit au sud de la région de Wakayama. Sous couvert de respect des traditions, les responsables politiques refusent de dénoncer ces activités, au grand dam des activites. Le récent “accident” entre le Ady Gil et le Sea Sheperd, qui lutte contre la pêche à la baleine, vient remettre sur la table cette polémique qui n’en finira sans doute jamais.

Depuis quelques temps les contrôles de police ont été multipliés au Japon. J’en ai été victime deux fois déjà cette année. La première fois, j’étais avec ma femme et ma fille et la deuxième fois, j’étais seul. Par deux fois, les policiers m’ont demandé de présenter ma carte de résident étranger avant de me poser des questions troublantes : avez-vous une arme sur vous ? avez-vous de la drogue sur vous ? jusqu’à quand resterez-vous au Japon ? Je ne suis pas le seul dans cette situation et d’ailleurs un touriste américain en a payé les frais. Il s’est vu questionné par la police, qui lui a demandé s’il avait un couteau sur lui. Le vieil homme, 74 ans quand même, a répondu par l’affirmative. Ca a suffi à la police pour le faire incarcérer pendant dix jours. Je suis sûr qu’il gardera un souvenir impérissable du Japon. Il existe aussi les nouveaux types de contrôle, ceux-là aussi réservés aux étrangers. Dans le sulfureux et enivré quartier de Roppongi, la police procède désormais à des examens d’urine à la sortie des bars et des boîtes. Ces examens dépistent l’usage de drogue. Traitement impensable pour les Japonais qui ont malgré tout droit, pour leur part, à de nombreuses infractions policières dans leurs sacs à main.

Dans la catégorie, “on vous suit à la trace”, la Diet a adopté une nouvelle loi qui a pour but d’intégrer des puces électroniques aux nouvelles cartes de résident étranger. Le texte stipule que les résidents étrangers devront être aptes à présenter leur carte d’étranger 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, au risque de finir en garde à vue. Par contre, côté bonne nouvelle, ces derniers recevront enfin le droit d’être enregistrés comme résidents uniques, et non pas assimilés à la famille de leur époux ou épouse.

Toujours dans le monde merveilleux de la famille, la question de la garde des enfants a été relancée avec la récente affaire Christopher Savoie. Ce citoyen américain, après que son épouse a kidnappé leurs deux enfants pour les emmener au Japon, donc dans la plus totale illégalité, est venu au Japon dans le but de demander le retour des enfants aux Etats-Unis. Alors que Christopher Savoie était dans son bon droit, le kidnapping aux dernières nouvelles est un délit grave, la police l’a arrêté et l’a incarcéré pendant deux semaines. Le Consulat américain de Fukuoka a lui aussi ignoré la plainte du père, lui niant tout droit de garde. Il ne faut pas oublier qu’au Japon, la garde est généralement attribuée à la mère et que, contrairement au reste du monde (?), le père est entièrement déchu de ses droits. Pas de garde partagée et les visites sont très rarement autorisées par les tribunaux.

Enfin, pour en finir avec ce bilan qui montre que le Japon n’a rien à envier aux politiques d’Hortefeu et de Besson, la crise économique au Japon a été l’occasion pour l’administration publique et le ministère de l’immigration de faire le point sur le sort à réserver aux premières victimes : les nikkei ainsi que les travailleurs recrutés en Chine, aux Philippines… parce qu’ils sont très, mais alors très, bon marché. Les récentes mesures prises par les grandes compagnies japonaises, citons au hasard la si politiquement incorrecte Toyota, ont pour conséquence le licenciement économique de milliers d’employés. Pour ces travailleurs, retrouver un emploi est évidemment proche de zéro et, afin de ne pas avoir à s’encombrer d’inactifs, le gouvernement japonais a décidé de proposer à ces pauvres herres de repartir dans leur pays sans payer le billet d’avion. Ceux que le Japon avait invité à découvrir leur héritage culturel il y a de cela quelques décennies, pour mieux les exploiter comme travailleurs dans les usines, disons-le clairement, se retrouvent désormais dans une situation des plus improbables. S’ils quittent le territoire, ils doivent dire adieu à leurs côtisations de retraite ainsi qu’à leur visa.

Bilan peu enclin à l’enthousiasme, il est à noter que Debito Arudou est spécialiste de la critique sévère (et je m’en fait l’écho en français, malheureusement). J’attends cependant 2010 avec impatience. Après tout, Hatoyama, aidé par sa maman, devrait pouvoir financer de nouvelles politiques sociales, non ?

Izobretenik