Posted by Izo.
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Folklore japonais : Le Prince Hosokawa

Okawa plongeant les documents dans son ventre.
Il y a de cela plusieurs siècles, sur le territoire des Hosokawa, errent une veuve et sa fille, une très jolie jeune fille de 17 ans appelée Kazuye. Le père de cette innocente beauté a été tué six mois auparavant et les deux femmes consacrent désormais tout leur argent ainsi que leur foi à la recherche des criminels afin qu’ils soient jugés. Personne ne les aide dans leur quête désespérée. Seules et peu à peu désargentées, elles continuent pourtant de se rendre chaque jour au temple pour prier toute la journée, dans l’espoir d’en savoir plus sur les motifs de cet assassinat. Très vite, leur situation économique est telle qu’elles se retrouvent obligées de mendier dans les rues. C’est alors que Kazuye propose à sa mère d’utiliser ses charmes pour résoudre le mystère. Si elle parvient à séduire un homme prêt à céder à l’empathie pour leur triste sort, peu importe le coût, même si cet homme doit être sacrifié sur l’autel de la vengeance. Les mots sont malheureusement plus faciles à énoncer qu’à mettre en pratique et leur vie quotidienne ne change guère les jours suivants.
Mais un jour que les deux femmes reviennent du temple, le visage souillé et vêtues de haillons misérables, elles sont prises à parti par un groupe de jeunes gens peu enclins à la sympathie. Prêt de là, un beau et franc samouraï, Okawa Jomoyemon, assiste à ce spectacle navrant et décide très vite d’intervenir. Il parvient rapidement à mettre en fuite les agresseurs. Il se propose de les servir et leur demande qui elles sont.
Kazuye répond. Elle a tout de suite reconnu dans ce beau jeune homme courageux celui qu’elle espérait voir un jour apparaître devant elle. Peut-être tombera-t-il amoureux de moi, se disait-elle, pensant avant tout à son dessein premier : trouver ceux qui ont mis fin à la vie de son père. Kazuye fait tout ce qu’elle peut pour parvenir à ses fins et il ne suffira que de quelques jours pour que le samouraï cède aux avances de la jeune fille. Entre temps, un vieil ami du père de Kazuye, prenant pitié de ces deux femmes abandonnées au malheur, fait tout son possible pour les aider. Il réussit finalement à les loger dans l’une des dépendances du Prince Hosokawa.
Le Prince succombe lui aussi très vite aux charmes irrésistibles de cette très belle jeune fille, inspirant aux autres suivantes une jalousie toute aussi inédite que violente.
Une nuit, alors qu’il n’en peut plus de ne pas voir Kazuye, Okawa décide de passer outre la hiérarchie admise et l’appartenance de la jeune fille au Daimio Hosokawa. Il organise un rendez-vous secret en pleine nuit dans la chambre de Kazuye. Celle-ci voit une opportunité unique de faire appel aux bons soins du jeune samouraï et lui conte ses déboires passées. Elle l’implore pour que celui-ci use de ses qualités de combattant pour venger la mort de son père.
Evidemment, avec la jalousie qu’avait généré les faveurs du Prince pour Kazuye, des oreilles indiscrètes essayaient de la perdre par tous les moyens. Et la rencontre entre ces Okawa et elle était la parfaite occasion de ruiner ses ambitions. Une servante, qui traînait par là, a entendu la conversation et ni une ni deux, elle a rapporté ces propos à sa maîtresse.
Que fallait-il faire ? Quelle sanction fallait-il prendre pour répondre à cette insolence ? Okawa, samouraï servant un autre Daimio que Hosokawa, prit en flagrant délit d’infraction dans l’enceinte du Prince… ce crime méritait sûrement la mort. Kazuye, prompte à la discrétion, prend la décision de cacher celui qui la courtise dans une caisse contenant une armure. Ce subterfuge ne durera que quelques minutes puisque le Prince Hosokawa la fait venir devant lui, accompagnée de la caisse où se cache Okawa. Le Prince est dans une rage folle et il ordonne que Kazuye soit exécutée. A ce moment précis, Okawa se fait entendre. Il déclare qu’elle n’est en aucun cas responsable pour cette rencontre secrète et qu’il prend sur lui toute la responsabilité. Il supplie le Prince de le condamner à la place de la jeune fille. Avant de s’abandonner corps et âme à la décision du Prince, il raconte toute l’histoire de Kazuye et de sa mère et exprime les ambitions de celles-ci de venger l’assassinat de leur mari et père.
Le Prince est très ému par ce récit et, reconnaissant l’esprit chevaleresque d’Okawa, propose de le prendre à son service et de les aider à trouver les criminels. Okawa est lui aussi touché par l’empathie du Prince et se déclare prêt à se sacrifier pour lui dès qu’il le sera nécessaire.
Un an passe. Un soir comme les autres, la panique investit le château. Un incendie irrépressible s’est déclaré et tout part en fumée à cause du vent qui souffle fort ce soir-là. Les occupants du château ainsi que des dépendances ont à peine le temps de fuir les bâtiments en flammes. Les objets précieux sont abandonnés au feu qui n’épargne rien. Devant ce terrible événement, le Prince est déboussolé. Que se passera-t-il si ses titres de noblesse disparaissent dans la gueule brûlante de cet incendie qui ravage tout ? Qu’adviendra-t-il de lui et de sa famille ? Okawa ne se laisse pas impressionner par le gigantisme dévastateur du feu et se précipite dans le château en flammes. Il parvient à pénétrer dans la salle où se trouvent les objets si précieux, réussit à ouvrir le coffre-fort avant de se saisir des documents. Malheureusement le feu a déjà encerclé la salle et il ne voit aucune sortie possible. Son corps et les documents étaient donc condamnés…
Prêt à tout pour remercier le Prince de lui avoir accordé la vie sauve, Okawa se contraint à trouver une solution qui sauverait les documents. Une idée lui vient alors à l’esprit. Peu importe qu’il perde la vie. Tout ce qui compte désormais, c’est de préserver les documents. Il tire son épée et s’ouvre le ventre avant d’y mettre les documents si chers au Prince. Peu avant de mourir, il se lance à la conquête des flammes qui font peu de cas de son héroisme et l’engloutissent tout entier.
Une fois l’incendie maîtrisé, on a retrouvé le corps d’Okawa. Entièrement brûlé, son ventre gardait en lui bien précieusement les documents ensanglantés dont l’avenir de la maison Hosokawa dépendait. Depuis ce temps-là, les documents ont été surnommés “Hosokawa no Chi Daruma” (細川の血ダルマ), les documents ensanglantés de la maison Hosokawa.
On ne saura jamais si Kazuye et sa mère ont trouvé ou non les responsables de la mort de leur père et mari, ni si la jeune femme éprouvait véritablement de l’amour pour l’héroique Okawa.
Izobretenik
Effectivement, histoire très intéressante!
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Wahou.
Impressionnante histoire d’honneur et de dévouement. Ca correspond bien à l’idée que je me fais du Japon ancestral.
Bonne année, au fait ;)