La douleur de l’image. Pas un voyage sans elle.
Quelques lignes suffisent, le plus souvent, à l’expliciter.
Un bout de papier cartonné à la nuque universelle et au visage unique.

SARiverwalk

A San Antonio, elle a le visage griffé de mille rais de lumière fixés la nuit. Ca ressemble vaguement à une promenade des Anglais, avec la vulgarité en plus. Pas d’équilibre, ou alors précaire, ni de tentative de dissimuler une grossièreté qui pourrait être gênante. Son auteur n’hésite pas à capturer ce qu’il y a de plus vrai dans ce paysage perdu entouré de désert et de petites villes à taille humaine. On est loin de Las Vegas et pourtant, il y a comme une sorte de résurgence mal refoulée. On sentirait presque le triste regret d’avoir raté le coche. La ville semble être passée à côté de son destin. Pire, il lui a même été ravi par une ville de moyenne importance qui est depuis devenu le centre du monde nocturne et l’Eldorado du joueur. Si les peintres mexicains avaient été plus courageux, ils auraient dressé sur ses murs des fresques inhabitées et sans énergie ou alors auraient essayé, sans doute en vain, de s’opposer à ses lumières trop criardes. Si seulement ceux qui la saisissent sous son meilleur jour avaient su profiter des techniques du flou et du raté pour en extraire l’essence, les touristes pourraient sans honte envisager d’en envoyer plus. Il n’y a bien que les habitants de ces contrées barbares pour s’enticher d’une ville sans relief et en faire profiter le monde. Le problème n’est pas tant que l’intention soit bonne ou mauvaise. Ce serait plutôt une question de pudeur. En recevant celle-ci, on regarde de suite son envers de peur que la lumière emprisonne l’imagination.

boston

A Boston, l’impression est très différente. Au large des buildings aux murs gris et aux fenêtres qui brillent de bleu, des amis que le travail motive se démènent pour s’assurer un futur déjà dessiné. On ne voit pas de gens, comme sur la première. Pas de place pour eux, dirait-on. Pourtant dans le froid du béton et la chaleur des reflets, il y a comme un mouvement continu qui fait trembler le calme immobile de l’image. Le passage du jour ? Difficile de se prononcer clairement. Celle-ci, on la regarde. On cherche les visages aux fenêtres des immeubles. On plisse les yeux. Bien sûr, on ne voit rien. Alors, on se demande une seconde ce que l’on doit faire. Faut-il la retourner ou bien regarder davantage. Le ciel est bleu. C’est un ciel éthéré qu’aucun nuage ne traverse. Tout paraît si neuf et il y a malgré tout ce lancinant mouvement qui passe mais petit à petit on sent la supercherie venir. Tout est très maîtrisé. Trop peut-être.

Izo