Chewing Gum and Chocolate

Les appareils photographiques ont certes été inventés en Europe et en Amérique mais il n’y a pas de doute possible quand au fait que les Japonais ont révolutionné ce domaine plus d’une fois. C’est après la deuxième guerre mondiale, quand avec l’occupation américaine le Japon s’est retrouvé avec une multitude d’attitudes et d’objets nouveaux à gérer, que les Japonais ont commencé à développer ce qui est devenu depuis un sens unique du regard photographique. Les meilleurs photographes nippons des années 50 et 60 ont réussi à combiner non seulement un réalisme émotionnel intense avec certaines tendances surréalistes mais aussi des regards occidentaux influencés par l’art japonais, unique en son genre.

Shomei Tomatsu est né en 1930 à Nagoya, énorme centre industriel du Japon. Il était encore élève du primaire quand son pays est tombé peu à peu dans l’ultra-nationalisme avec les conquêtes en Asie et qu’il s’est agenouillé devant les destructions imposées par les armées américaines. Trop jeune pour être recruté dans l’armée, il est resté à Nagoya pendant la guerre et a connu l’ambiance cosmopolite de l’après-guerre alors qu’il devenait adulte.

Japan's World Exposition in Osaka

Tomatsu a travaillé comme photographe pendant plus de 50 ans et la rétrospective qui a pris place à Nagoya le 2 juin et qui durera jusqu’au 23 juillet suit ses thèmes principaux. Ses photos insistent souvent sur la nécessité d’être libre, dans la vie comme en photographie. Le spectateur vit son exposition comme un auditeur sur une place publique écoutant un prêcheur. Tomatsu passe ainsi de compositions très sérieuses à des chants à la gloire des symboles du Japon.

O shima Eiko

Il a souvent dit que ses contemporains ne croyaient en rien en raison de l’effondrement de leurs anciennes croyances qui sont survenues avec la fin de la guerre et la défaite et en raison aussi de la violence quotidienne qui a tué un grand nombre de citoyens, dommages colatéraux dont les Américains parlent peu. Comment dès lors croire en un futur possible ? Tomatsu croit pour sa part que des photos consacrées aux blessures, à la Terre, aux détritus, à la lumière du soleil et à la peau sont bien plus éloquentes que les idées d’hommes encore sous le joug de l’occupation à cette époque. Il défend aussi l’importance du jugement propre à chacun, un jugement qui naît du regard que chacun porte sur le monde qui l’entoure plutôt que l’écoute attentive de la voix de l’Autorité.

Tout au long de sa carrière, Tomatsu a vu le Japon renaître de ses cendres grâce à des individualités, hommes et femmes, qui ont travaillé plus que jamais dans l’histoire. Efficace, mobile, flexible et peu coûteuse, la photographie, alors, était le média idéal pour explorer des questions qui ont troublé la nation japonaise d’après-guerre et cet objectif, Tomatsu le poursuivra avec ténacité et courage comme le dit Daido Moriyama, son ami de toujours.

Izo