Mettre un terme à une grossesse non-désirée est un problème qui soulève beaucoup de polémiques depuis des décennies mais c’est un choix que font près de 350 000 Japonaises tous les ans. L’attitude envers l’avortement au Japon est bien différente de celle des femmes occidentales. Au Japon, l’avortement est souvent une nécessité et ce, pour plusieurs raisons. La première est sans doutes celle qui étonnera le plus les étrangers qui vivent ici : la pilule est un moyen de contraception presque inexistant sur l’île. Les raisons données à ce refus de prendre la pilule sont peu acceptables d’un point de vue médical. De nombreuses Japonaises à la simple évocation de ce moyen de contraception vous offriront en retour un visage tiré à la limite de la colère. La prise de poids, les interruptions dans le cycle des menstruations… sont toujours évoqués, à tort ou à raison.

La seconde explication concerne le rapport sentimental qu’une bonne partie des Japonais entretient avec l’idée de naissance à venir. Pour les Japonais, l’avortement est une “tristesse nécessaire”, un processus naturel qui participe au confort de la vie de tous les jours sans que les problèmes soulevés par les ligues anti-avortement à travers le monde ne soient nullement évoqués. Les entretiens qui précédent généralement les avortements en Europe sont oubliés et nul ne considère ici que vous aurez besoin de soutien moral avant et après l’intervention.

Pour les mineures (légalement les jeunes femmes de moins de 20 ans), une autorisation des parents est nécessaire, bien que de nombreuses cliniques acceptent a-priori de s’en passer tandis que pour les adultes un mot écrit du père biologique est requis pour éviter les problèmes juridiques (qui ne se posent pourtant quasiment jamais).

    ‘Mizuko Jizo’

De nombreux couples au Japon souffrent aussi de fausse-couche ou de problèmes lors de la grossesse qui les forcent à interrompre celle-ci. Dans ce cas, pour honorer l’esprit de l’enfant qui était à naître, il existe une cérémonie qui s’appelle Mizuko Jinzo. Mizuko signifie “l’enfant de l’eau” et est utilisé pour parler de l’esprit d’un enfant qui est retourné auprès des Dieux tandis que Jinzo est le nom d’un Dieu bouddhiste qui protège et guide l’esprit des morts vers l’autre monde.

L’avortement est considéré comme le voeu exprimé des parents de rendre l’enfant aux Dieux jusqu’à ce que soit venu le temps opportun d’amener cet enfant au monde. Cette cérémonie offre aux parents la possibilité de se faire pardonner auprès de cet enfant rendu aux Dieux et d’expliquer les raisons qui les ont poussé à en arriver là.

Aujourd’hui cependant, de moins en moins de jeunes femmes pratiquent cette cérémonie, l’avortement étant rentré dans les moeurs, loin de cette idée que l’enfant arrive trop tôt pour que les parents soient prêts. Comme je vis au-dessus d’un cabinet gynécologique, j’assiste parfois à des scènes vraiment étonnantes. Il m’est arrivé par hasard d’entendre un couple se disputer violemment dans leur voiture à ce sujet, le père refusant catégoriquement de signer ce fichu morceau de papier qui autoriserait sa compagne à mettre un terme à sa grossesse. J’ai eu aussi l’occasion d’écouter la conversation de deux lycéennes se rendant vers la clinique et qui discutaient de choses et d’autres sans n’avoir à aucun moment l’impression que l’acte auquel l’une d’elle s’apprêtait à participer pouvait avoir plus de poids que la simple idée de débourser 120 000 yen.

Les gynécologues japonais ont un regard très distant sur ce sujet et il n’est pas rare que ceux-ci manquent totalement de tact, notemment avec les femmes étrangères qui ont moins de sang-froid quand on leur parle de fausse-couche que les Japonaises qui ont toujours la “shikata nai” attitude.

Izo