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Tujiko Noriko

A l’approche d’une série de concerts que Tujiko Noriko va donner au Japon, à Tokyo, Osaka et Kyoto en juin, il me semblait nécessaire de présenter l’un de ses albums à ceux d’entre vous qui ne la connaissent pas. Tujiko Noriko est déjà passée un certain nombre de fois à Paris et ailleurs en Europe et connaît un succès tout à fait respectable pour une artiste de genre électro.

TujikoNorikoBlurred in my mirror avait donné à Tujiko Noriko l’opportunité de se plonger les deux pieds en avant dans une cacophonie distinguée mêlée de dub et de house. Ces deux territoires musicaux laissaient une liberté totale à l’introduction de ses arpèges effilochés, à de sublimes grincements au coeur d’une tourmente de beats très techno. La voix de Noriko, aussi fluette soit-elle, parvenait à s’extraire des compositions comme des cris dans une nuit trop noire. La menace guettait l’auditeur et plus d’une fois à l’écoute de l’album, on pouvait se dire que les frontières avaient été repoussées très loin.

Shojo Toshi, un album qui a été mis en vente en 2002, est un album plus structuré et qui revient dans une mouvance kawaii très japonaise. Les compositions désespérées et en loques laissaient alors la place à des morceaux où l’électronique devenait moins entreprenante et persistante. C’est surtout le retour de sa voix en alternance entre une tessiture rauque et une lumière cristalline qui vient chatouiller les oreilles des auditeurs dans l’attente.

Endless End, lui, flotte dans l’air comme une de ces brises du début d’automne avec une programmation électro fragile où la batterie aux accents métalliques vient côtoyer des claviers à la sensualité retrouvée. De nombreux morceaux développent une frêle luminosité commençant parfois par des préludes syncopés avec des synthétiseurs qui lancent des complaintes répétitives. A ceux-là se greffent des séquences de flûtes qui viennent murmurer à nos oreilles, accompagnées des roucoulements vocaux de la chanteuse d’origine japonaise.

Tokyo commence avec les élancements légers de vibraphones, de bruits secs et une douleur lancinente infusée par une basse doucereuse. A ce flottement apparent s’adjoignent très vite des effets spéciaux qui évoquent les folies passagères d’un Orson Welles sur la BBC, des bruits venus de l’espace et nés d’une espèce martienne dont on ne pouvait que supposer l’existence. Bebe et White Film diffusent un peu de joie après l’impression laissée par l’invasion extraterrestre. I Love You and Girl Meets Boy sont deux roucoulades qui investissent l’espace dans une tentative sentimentaliste qui en épatera ou ennuiera plus d’un. Les envolées sonores de Tujiko Noriko ne laissent personne indifférent. Sous ses airs de jeunette douce-amère, elle matraque ses émotions par le truchement de séquences électro-difformes mais toujours proches de la conception que se font les puristes du concept de mélodie.

Discographie :

ShojoToshi
TUJIKO NORIKO
Shojo Toshi
Mego 2001

Endless End
White Film
Bebe
Marble Waltz
Machi-No-Kakera
Tokyo
Girl Meets Boy
Differenci
Mannequin Surfer
Porsche

HardniSasete
TUJIKO NORIKO
Hard Ni Sasete (Make Me Hard)
Mego 2002

Shore Angel
Give Face
Fly
Call My Name
*5
*6
*7
Bikini
Sea

FromTokyotoNaiagara

TUJIKO NORIKO
From Tokyo To Naiagara
Tomlab 2003

Narita Made
Zipper
Rocket Hanabi
Mugen Kyuukou
Kiminotamen
Tokyo
Tokyo Tower
Robot Hero

AokiTakamasa28
AOKI TAKAMASA + TUJIKO NORIKO
28
Fat-Cat Records 2005

Fly2
Vinyl Words
When The Night Comes
Doki Doki Last Night
Fly Variation
26th Floor
Alien
Nolicom

Liens :


Le site officiel de Tujiko Noriko

Son dernier album, une compilation de remixes, uniquement disponible au Japon

Solo, son dernier album… solo

MySpace, où vous pourrez écouter quelques morceaux !

Le Wiki à propos de Tujiko Noriko

Le DVD How To
, très sympa, disponible un peu partout !

Izo

墨流し - Suminagashi

suminagashi
Le Suminagashi est une très ancienne technique utilisée pour décorer le papier japonais avec de l’encre. D’après les historiens de l’art, les premières apparitions de cette technique ancestrale dateraient d’il y a 2000 ans. Les dernières datations effectuées sur des fragments de papier retrouvés en Chine confirmeraient ce chiffre. Au Japon, ce sont d’abord les prêtres Shinto qui ont développé cette technique, dès le 12ème siècle. Les termes chinois Sue-Me-Nah-Gah-She, Suminagashi en japonais, signifient “encre flottante”. Les encres japonaises, communément appelées Estampes ou 墨絵 (sumi-e) en japonais, étaient à l’origine des feuilles de papier déposées à la surface d’un bac d’eau et ensuite plongées délicatement en suivant des circonvolutions très précises. L’encre se déposait alors peu à peu et était finalement fixée grâce à de la feuille de riz posée sur le papier.

Les méthodes ont peu changé depuis leur création bien que de nombreux artistes utilisent désormais de l’encre acrylique, qui reste à la surface de l’eau et imprègne plus directement le papier. En combinant les connaissances en mécanique des fluides et le talent artistique, on peut à présent créer de véritables paysages rien qu’en jouant sur les gestes et les techniques d’imprégnation de l’encre. Il est ainsi possible de dessiner des montagnes, des nuages, parfois même des animaux…

pinceauEn Europe, on connaît principalement une technique d’impression née en Turquie et appelée Ebru. Les résultats sont très différents et les deux techniques peuvent aisément cohabiter. Les Japonais ont développé et enrichi de nombreuses techniques parmi lesquelles on compte le Shodo, 書道 La Calligraphie, l’Ikebana, いけばな l’Arrangement des Fleurs… Ces développements artistiques, bien que sous la contrainte du temps et des progrès, restent encore très vifs au Japon et se sont même exportés avec beaucoup de succès en Occident et ailleurs en Asie.

Le Photoblog

Comme vous l’aurez peut-être constaté, il y a déjà plusieurs mois que le lien Galerie dans la partie gauche du site ne fonctionne plus et pour cause, je l’avais supprimé. Pris dans la tourmente des heures de cours trop lourdes, j’ai complètement oublié de remettre à jour l’interface du site, et je m’en excuse. J’ai donc mis en place une autre plateforme Wordpress qui fera office de galerie, de Photoblog plutôt…

Au menu des autres modifications, la suppression des commentaires est sans doute la plus douloureuse pour moi. En effet, le tri des spams (environ 1000 par jour) étant impossible techniquement et intellectuellement, j’ai été contraint d’enlever l’option commentaire. Wordpress, la plateforme que j’utilise pour ce blog, ne propose pas de solution efficace en matière de plug-in anti-spam et je ne plus gérer la masse d’offres publicitaires pour des médicaments qui luttent contre toutes sortes de maux terribles.

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(je vous épargnerai l’intégralité des 768 spams reçus depuis hier soir…)

Aussi étonnant que cela puisse paraître, il n’existe à ma connaissance aucun anti-spam qui offrirait la simple solution de supprimer automatiquement tous les commentaires écrits en anglais… la seule langue des spams que je reçois chaque jour par vagues infernales. Si vous connaissez une solution simple qui me permettrait de régler ce problème…

Bref, un double-billet donc pour expliciter la fin des commentaires et la naissance d’une nouvelle galerie sous la forme d’un Photoblog.

Quand la Wii devient scatologique…

Pii Pii Bros !
Source : ThinkGeek

Les Japonais ont toujours eu le don de créer les objets les plus inattendus. Parfois marques de génie, certaines de leurs réalisations peuvent aussi prendre l’apparence de traits de folie inquiétant. Dans cette seconde catégorie fascinante pour les étrangers, on trouve ces temps-ci un nouveau jeu pour la console ultra-populaire de Nintendo, la Wii. Ce jeu s’appelle, et ça ne s’invente pas (sic !), Super Pii Pii Brothers… Le concept est simple. Vous devez diriger votre inépuisable flot d’urine (la formule est la plus neutre possible) vers trois toilettes où des chats moqueurs et taquins viendront vous narguer en tirant la langue…

En lieu et place de l’habituel Nunchaku, le joueur se retrouve doté d’un tout nouvel appareil, livré avec le jeu, qu’il lui faudra s’attacher autour du bassin. La forme du Nunchaku est conservée mais cette fois-ci au profit d’une imagerie pour le moins scatologique. Pour vous rendre compte plus clairement et simplement de l’incroyable qualité de ce tout nouveau jeu, je vous conseille de visualiser la vidéo ci-dessous.

De longues files de jeunes lycéens et lycéennes sont apparues devant les revendeurs de ce tout nouveau concept pour lequel l’intéractivité à la mode Nintendo est exploitée jusqu’à la lie. Le plus passionnant dans l’histoire, c’est que ce jeu vous offre la possibilité de visiter et de marquer plus de 100 toilettes dans des bars, des restaurants, des palaces et bien d’autres lieux encore où chaque homme rêve d’aller compulsivement se soulager.

Sur la boîte, le message est particulièrement destiné aux femmes japonaises qui, selon le directeur du marketting de la maison de développement qui a créé ce jeu, ont sûrement toujours voulu savoir ce que ça faisait d’uriner comme un homme.

Quelques caractéristiques essentielles du jeu :

* Video Game for Nintendo Wii Provides a Virtual Peeing Experience
* Amazing Realistic Pee Fluid Dynamics
* Imported from Japan
* Comes with game disc and Wiimote belt harness
* Includes cross regional boot disc to allow play on US Wii consoles
* Minimal Japanese text makes game easy to understand if you can’t read Japanese
* Over 100 different peeing environments with multiple toilet and urinal styles
* Up to two players can compete with dueling pee streams

Journal de Taiwan : Le gigantesque et le minuscule

Downtown of Taipei
Photo de Romek Hoffa


De la bicoque au gratte-ciel :

Un peu comme à Hong-Kong, à Bangkok ou dans de nombreuses autres villes asiatiques, Taipei se tourne vers l’avenir depuis déjà plusieurs décennies avec ses constructions en hauteur et ses envies de record. Pourtant çà et là restent encore des maisons engorgées entre des résidences d’habitations géantes, touchées par l’oubli ou la survie de ses habitants quasi centenaires. Alors que j’erre avec une certaine inconscience le long d’une route sans trottoir, j’entend le bruit d’une tronçonneuse au loin et décide d’aller jeter un coup d’oeil. Je pense surtout pouvoir trouver de la matière pour une photo particulière. La photo, je l’ai ratée mais la scène qui s’est déroulée devant moi m’en a évoqué d’autres que j’avais déjà vécues au Japon et à Bangkok.

Une maison faite de brics et de brocs, au toit de tôle et aux murs poreux siège derrière une barrière qui semble impénétrable. Sur une chaise bon marché, une vieille femme tricote, le dos courbé dans une posture que seules les vieilles femmes asiatiques paraissent prendre. Elle est reine dans son jardin, entourée de ses fleurs à demi fânées et adossée à un arbre qui a creusé son trou dans la toiture fébrile de sa maison. Au-dessus d’elle, perché à quelques mètres, un Taiwanais agile s’agite avec une tronçonneuse et essaie de couper de grosses branches sans tomber. Il n’a aucune corde de sécurité et en cas de chute, nulle doute qu’il se fera très mal. Il se tient sur la pointe du pied gauche, le pied droit solidement appuyé sur une nacelle et il pousse sur sa machine tout en se contorsionnant. Les branches coupées tombent sur la tôle en résonnant avant de glisser vers le jardin. Elles tombent une à une aux pieds de la vieille dame qui n’y voit aucune entrave à sa concentration. Elle poursuit, indifférente, son tricot. Elle fait danser le fil rose qu’elle tient dans la main droite vers sa main gauche, et ses doigts tournent, tournent dans une sorte de danse hypnothique.

Je regarde cette scène à travers une fenêtre ronde aux barreaux en fer forgé. J’ai envie de photographier cette femme. J’ai envie de passer subrepiticement le bout de mon appareil-photo entre deux barreaux mais je me retiens. Je n’ai pas envie de briser l’intemporalité de cette scène avec un bruit mécanique inopportun. Je veux juste attendre là encore un peu sans parler, ni même laisser entendre la douleur que je ressens dans les mollets à rester ainsi sur la pointe des pieds, à espionner la vie quotidienne.

Derrière moi, les scooters par essaims frayent leur chemin sans discontinuer. Sur cette longue route étroite, il n’y a aucun feu rouge et vraisemblablement aucune règle de priorité. Je ne les gêne pas, le torse tout contre le mur qui entoure la maison. Un taxi passe qui me klaxonne. Je me retourne une seconde, juste le temps de signaler au chauffeur que je ne suis pas perdu avec comme langage unique et universel un sourire et un geste de la main. Je reste là. Peut-être dix minutes ont passé. Ou bien vingt, je ne sais pas. Je n’ai ni montre, ni téléphone portable. J’ai l’impression qu’on m’a ôté tout contrôle sur le temps.

Le ciel est gris et le soleil se refuse lui aussi à l’idée de jouer les clepsydre. Alors que je continue à observer la vieille dame, la tronçonneuse s’arrête. Je sens monter en moi comme un sentiment de honte. Est-ce que j’observe ou est-ce que j’espionne ? Cette a-priori simple confusion sémantique m’ordonne de partir comme je suis arrivé, en silence et sans faire trembler le paysage autour de moi. J’hésite. Peut-être que la tronçonneuse va recommencer à couper les branches, plus fines désormais, qui s’accrochent au tronc de l’arbre. Non. Le jeune homme en tenue d’élagueur descend du toit. Je le vois passer devant la vieille femme qui ne lève même pas les yeux. Elle enroule du fil rose autour de l’un de ses doigts et approche les aiguilles de son visage. Tout son corps semble trembler de vieillesse mais ses mains, elles, sont stables, solides et opèrent des gestes francs.

Le tronçonneur s’apprête à ouvrir la porte en bois qui le sépare de sa camionnette. Je trépigne de nervosité. J’hésite encore à partir. Au moment de croiser le regard du jeune homme dont la peau découverte est étonnement délestée de toutes tâches et de copeaux de bois, je fais mine de reprendre ma route. Je laisse derrière moi cette scène qui m’a ému. La simplicité merveilleuse qui s’y est mise en scène vaut bien plus qu’une photo. Elle mérite d’être partiellement oubliée et magnifiée par ma mémoire.

Izo